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Georges Tai Benson : « Gbagbo est mon frère et je ne le renierai jamais même si je dois manger du sable. »

novembre 8, 2013 1 commentaire

En accordant une interview à l’homme de media Georges Tai Benson, Le Nouveau Réveil proche du PDCI s’attendait surement à le voir renier le président Gbagbo compte tenu de la galère qu’il traverse aujourd’hui. Mais l’homme est resté digne et sur ses positions. Dans cette interview, il donne une leçon de reconnaissance à tous ceux qui après avoir bénéficié des largesses du président Gbagbo le vouent aux gémonies. Simplement émouvant

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Monsieur  Georges  Taï  Benson, comment  vous  vous  sentez aujourd’hui ?

Je me sens mal, très très mal. Et je ne sais pas pourquoi. Je voudrais d’abord me présenter aux lecteurs. Je suis Taï Benson,  puisque  Georges  ne  figure pas  sur  mes  papiers  officiels,  parce que  je  suis  un  chrétien  de  dernière heure.  Taï,  c’est  mon  prénom  contrairement  à  ce  que  pensent  les  gens de l’Ouest, je ne suis pas de chez eux (rires). Je  suis  d’origine  ghanéenne, puisque  c’est  le  point  commun  des akan.  Mon  père  était  bijoutier  et  ma mère,  ménagère.  Je  suis  né  d’une fratrie  de  près  de  26  enfants.  Je  sais que mon père a eu 4 à 5 femmes dans sa  carrière  d’homme.  J’ai  grandi  à Grand-lahou auprès de ma grand-mère où j’ai fait le Cp1 au Cm2 de 1952 à 1958. Au collège, je n’ai fait que deux ans et je n’ai jamais mis mes pieds en classe de 5eme. Je vais mal parce que la  politique,  que  je  n’ai  jamais  faite, est  venue  détruire  ma  vie. Socialement,  je  me  porte  mal,  mais moralement, très bien. Je suis très fort.

L’histoire  de  la  Télévision  ivoirienne  se  confond  avec  le  nom  de Georges  Taï  Benson.  Quels  sont vos  rapports  avec  votre  ancienne maison?

Ecoutez, je souhaiterais être clair. Car si  c’est  pour  vous  parler  d’aujourd’hui, alors ça va être difficile, parce que je suis un Gbagbo môgô ; c’est-àdire des gens qu’on évite. Mais, mes rapports  avec  la  Télévision,  avec  la Rti ont très été  affectifs. Je suis entré à la Télévision le samedi 06 juin 1964, comme  on  le  dit  vulgairement,  je  ne connaissais pas encore. J’avais à peine 18 ans. Et j’en suis sorti très tard, la cinquantaine  passée.  Cela  veut  dire que  j’ai  passé  à  la  Télévision,  la majeure  partie  de  ma  vie  où  j’ai  eu tous les honneurs, mais aussi tous les tracas.  Figurez-vous  que  je  suis  d’un niveau  5ème.  C’est-à-dire,  quand  on parle  de  diplôme,  je  ne  peux  qu’exhiber  le  Cepe.  Mais  moi,  je  vous  ai toujours  dit,  jetez-moi  les  fleurs  de mon  vivant.  J’aime  les  fleurs  à  titre costume  qu’à  titre  posthume.  Pour cela, je me jette les fleurs moi-même, quand  on  ne  me  les  jette  pas.

Aujourd’hui, bien qu’étant de niveau 5ème,  je  peux  discuter  d’égal  à  égal avec beaucoup de personnes qui sont de  niveau  très  supérieur  que  moi. Mais, on ne m’a jamais payé que par rapport à ce diplôme.

Voulez-vous  dire  que  la  Rti  ne vous  a  pas  récompensé  par  rapport à ce que vous aviez fait ?

Non,  la  Rti  ne  peut  pas  me  récompenser outre mesure, parce que la Rti n’est  qu’une  branche  de  la  fonction publique, malheureusement pour moi.

C’est maintenant qu’il y a des Epn ou je ne sais trop quoi d’autres. Je dis que la  Rti  est  aveugle,  voire  sourde.  Elle ne voit que ce qu’elle a imprimé dans ses règlements. A la Rti, je n’ai jamais touché 350.000fcfa tout le temps que j’y  ai  passé,  sauf  lorsque  je  suis devenu conseiller du directeur général à  l’époque,  avec  une  indemnité  de 75.000fcfa. Je ne veux pas trop parler de cela, parce que j’aurais dû tempêter en son temps avec la grand aura que j’avais. Mais, ce n’était pas important pour  moi  jusqu’au  jour  où  je  devais payer  l’école  de  mon  enfant.  Puis, contrairement  à  ce  que  beaucoup pensent,  aucun  de  mes  enfants  n’a fréquenté  une  école  publique.

Egalement  aucun  de  mes  enfants  n’a eu  aucune  bourse,  aucune  prise  en charge  pour  l’extérieur  ou  quoi.  J’ai toujours  tenté  de  payer  pour  mes enfants,  les  écoles,  les  meilleures.  Je n’ai  jamais  pleurniché  pour  ça.  Et mon épouse s’est toujours battue pour nos enfants.

Mais, il y a tout de même eu vos moments  de  gloire  à  la  Rti  sous Houphouët et on devine aisément que vous aviez eu beaucoup d’argent à l’époque ?

(Rires)  c’est  vrai  qu’il  y  a  eu  une membre de la famille qui est venue se marier  à  moi.  Mais,  en  tant  qu’akan, ce n’est pas moi qui vais aller demander  quoi  que  ce  soit.  Je  ne  veux  pas trop m’étaler là-dessus. J’ai bénéficié du soutien du président. Quand je me suis marié, il nous a offert une maison.

Ecoutez-moi bien, quand j’emmenais les  artistes  à  Yamoussoukro  à l’époque,  (les  gens  que  je  vais  citer vivent encore) le président Houphouët m’appelait  des  fois  à  4  heures  du matin,  pour  me  dire  par  exemple « Benson,  prépare  le  spectacle  avec François  Lougah,  Allah  Thérèse, Aïcha Koné et bien d’autres ». Quand je reçois les consignes, je pars immédiatement  informer  mon  patron,  Ben Soumahoro. Cela me dérangeait souvent qu’il m’appelle au-lieu d’appeler mon  patron,  bref.  Sur  les  lieux,  je présente  le  spectacle  et  Abdoulaye Diallo se tenait à la descente du podium.  Quand  chaque  artiste  finit,  il reçoit un million de sa main. Et quand vient  mon  tour,  il  me  dit  :  « Tiens, Benson,  toi,  c’est  la  famille ».  C’est Monsieur  Zaher,  un  Libanais  qui  me donnait  10.000fcfa  pour  retourner  à Abidjan. Allez-y  comprendre et c’était presque comme ça tout le temps. Pendant  qu’on  loge  les  petites  secrétaires  qui  accompagnent  les  gens,  à l’hôtel  président,  on  nous  logeait  au Cafop. On dit beaucoup de choses sur Benson. C’est vrai, c’est une vedette, c’est normal. Mais, vous savez que les rumeurs  ont  ceci  de  tenace  et  je  suis en  train  de  boucler  mon  livre  là-dessus. Je ne suis pas de ceux qui ont eu  des  milliards  avec  Houphouët.  Le président  Houphouët  m’admirait beaucoup et je pense qu’il en a donné à  des  gens  et  cela  ne  m’est  pas  parvenu,  je  ne  sais  pas.  Non  plus,  je  ne suis pas de ceux qui vont pleurnicher pour  demander  telle  chose  ou  telle autre au président, jamais.

Etes-vous aujourd’hui un homme frustré ?

Non, je suis plutôt comblé par la réussite  que  j’ai  eue  dans  ma  profession. Je suis un peu étonné par le comportement  de  certaines  personnes  à  mon égard.  Frustré,  je  ne  connais  pas exactement  la  signification  du  mot, mais  je  me  pose  des  questions.  Et  je me  dis  aussi  que  j’aurai  pu  recevoir autre  chose  comme  récompense,  que ce que je reçois de la part de certaines personnes  qui  racontent  n’importe quoi sur moi. La rumeur est difficile à effacer,  à  éteindre.  C’est  pourquoi, nous devons faire très attention quand on parle. Il y a des choses qu’on peut rattraper, mais l’eau qui est versée, on ne  peut  plus  ramasser.  La  parole  est comme  cela,  ne  fois  qu’elle  est prononcée. Je ne suis pas frustré, mais je ne suis pas content. Je me dis qu’on aurait dit autre chose de moi et je me serais  peut-être  conduit  autrement. Vous  savez,  j’étais  trop  célèbre  et  je pense que je le suis encore.

Oui  mais  n’est-ce  pas  votre  attitude qui vous a mis dans cette situation.  D’aucun  diraient  même que  vous  viviez  au-dessus  de  vos moyens?

Vous  ne  me  connaissez  pas  je  pense bien. En tout cas, vous ne me connaissez pas. Je n’ai jamais habité une maison avec jardin. Je n’ai jamais eu une  4×4 rutilante, tout le monde me connait  à  Abidjan  ici.  Je  roule  toujours dans  les  petits  véhicules  d’occasion. Je  n’entretiens  pas  des  maîtresses  à outrance, je ne connais pas le goût du champagne, je ne fume pas. Je ne suis pas un bon vivant, encore moins vivre au-dessus  de  mes  moyens.  Je  vise plutôt au-dessus de mes moyens, mais pour assurer l’avenir de mes enfants. J’ai même tenté de les envoyer à l’extérieur à mes propres moyens cela n’a pas  abouti,  parce  que  je  n’ai  pas  eu l’argent nécessaire. Quand je vous dis que je n’ai jamais touché 350.000fcfa, croyez-moi, c’est la vérité. Je ne roule pas  carrosse,  donc  je  ne  vis  pas  au dessus de mes moyens.

Combien d’enfants avez-vous?

J’en ai six au total. Quatre d’un premier lit et deux d’un deuxième lit. Ce sont  mes  enfants  et  je  n’en  ai  pas honte. J’ai fauté vis-à vis de la loi ou je ne sais pas quoi ? Mais vis-à-vis de mon  cœur,  j’ai  six  enfants.  Georges Taï  Benson  a  côtoyé  tous  les  présidents, ça doit être beaucoup d’argent.

Mais, je m’en vais vous dire que je ne travaille pas avec les présidents pour de  l’argent.  Demandez  au  président Bédié, il vit encore. Combien de fois il m’a donné de l’argent ou même je suis allé à son bureau. Le président Bédié m’a aidé et terriblement  bien. Un jour où  je  devais  faire  venir  des  Sud Africains ici pour une manifestation et pour  un  problème  que  j’ai  eu,  je  ne devrais  plus  les  faire  venir.  C’est  là que  quelqu’un  m’a  conseillé  d’aller voir le président Bédié. Sincèrement, ce n’est pas quelqu’un que je fréquentais tous les matins. J’ai dû forcer pour y arriver. Il m’a reçu. Au final, il m’a donné  les  moyens  pour  aller  les chercher. Ils ont fait leur travail et sont retournés.  Je  n’oublierai  jamais  cela. J’ai  toujours  remercié  le  président Bédié  pour  cela.  Demandez  aux Abdoulaye Diallo, combien de fois ils m’ont  remis  de  l’argent  de  la  part d’Houphouët. Et pourtant, il y en a qui ont  des  compagnies  de  bateaux,  des sociétés  immobilières,  qui  sont  Pdg etc. j’ai été directeur à la télé, moi ?

Pourtant, tout le monde s’accordait à dire que j’étais le meilleur. Etant parent  d’Houphouët,  j’aurais  pu  être directeur de la télévision. Pour  moi,  quand  Ouégnin  m’appelle au  lendemain  d’un  journal  télévisé pour  me  transmettre  les  félicitations du  président,  ça  me  suffisait,  parce que j’étais fier de moi. Mais, il y a des confrères qui vont faire des interviews chez  Houphouët  et  profitent  pour  lui dire, Président, je suis mal logé. Pareil chez  Gbagbo  et  on  leur  donne  une maison, on leur donne 50 millions. Ils sont  là  et  se  reconnaitront  dans  mes propos.  Trop  de  choses  se  racontent sur moi, mais hélas, ça me glisse sur le dos.  On  m’accuse  d’avoir  fait  des bêtises.

Pensez-vous qu’on vous accuse à tort pour rien?

Des bêtises ! J’en ai fait plein, puisque j’ai trompé ma femme. Et puis, je ne suis  pas  un  saint,  sauf  que  je  ne  l’ai pas fait au niveau de mon service. Je n’ai  fait  que  de  grands  trucs,  de grandes  manifestations  qui,  parfois, m’ont rapporté du sou, comme il y en a qui m’ont coûté. J’ai même construit un  hôtel  par  les  soins  d’un  ami  ministre qui m’avait mis en contact avec un  operateur  expatrié.  Tout  de  suite, les  gens  ont  pensé  que  c’était Houphouët.

Que gardez-vous de votre collaboration  avec  le  président Houphouët durant tout ce temps ?

De  quoi  voulez-vous  parler  encore, d’argent ?  Si  oui,  c’est  que  Joseph Diomandé a dû gagner plein. Puisqu’il a  fait  mieux  que  moi  auprès d’Houphouët.  Et  pourtant,  c’est  moi qui  le  dépannais  des  fois  quand  il tombe  en  panne  sèche.  Pendant  ce temps,  il  s’achemine  vers  l’aéroport pour  couvrir  l’arrivée  d’Houphouët d’un voyage. Cher petit frère, je te dis toute la vérité. Nous n’étions que des employés et n’avions que nos salaires.

C’est au nom de la Rti que je suis toujours parti à Yamoussoukro et non parent  d’Houphouët.  D’ailleurs,  je  n’ai fait  que  marier  sa  petite  fille  et  non moi-même son parent. Quand il remet 20 millions à Aïcha Koné pour ses 20 ans  de  musique,  pensez-vous  qu’il m’en donne aussi ? 

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Je  voudrais  qu’on  revienne  sur votre  collaboration  avec  les  différents  présidents.  Après Houphouët,  aviez-vous  pratiqué le  président  Bédié ?  Le  connaissez-vous personnellement ?

Je ne le connais pas personnellement sauf  pendant  qu’il  était  ministre  de l’Economie et des finances et non en tant que président de la république. Ila été notre premier invité à l’émission fauteuil  blanc  que  je  réalisais  et  que Ben Soumahoro produisait et présentait.

Ben Soumahoro m’a demandé d’aller chez monsieur Bédié pour le coacher un  peu  en  audiovisuel,  lui  donner quelques  astuces  de  la  télévision. Dans ce cadre, j’ai été deux fois chez lui.  Nous  nous  sommes  vus  une  fois chez monsieur Henri Kouassi à table où  il  m’a  taquiné  un  soir.  Ce  que  je retiens de lui, c’est que très tôt, il s’est mis à la vie publique. Et je me plais toujours à dire que la Côte d’ivoire a certes  été  inspirée  par  le  président Félix Houphouët-Boigny mais la main qui  a  fabriqué  la  Côte  d’Ivoire,  c’est Henri  Konan  Bédié.  C’est  Henri Konan  Bédié  qui  a  su  choisir  ses hommes  en  les  envoyant  en  Europe, aux  Etats-Unis  se  former.  Qui  a  su imaginer  les  grandes  choses.  Oui,  le président Houphouët avait une grande équipe  et  le  président  Bédié  était  le chef  d’orchestre.  Mais  devenu  président, je ne peux pas le juger, ça non. Autrement, je ferai de la politique or j’ai dit que je n’ai aucunement la conviction politique. Et ça, je m’interdis bien  qu’aujourd’hui,  je  souffre  de cette  politique.  Mais  sur  le  plan  professionnel,  ministériel,  vraiment,  les choses que j’ai vues sous le président Bédié  :  les  Agripac,  les  Distripac  et Sodé,  c’était  formidable. Malheureusement,  il  a  été  trahi  par ceux qu’il a choisis à la tête des Sodé et je lui dirai quand j’en aurai l’occasion  un  jour.  Ils  se  sont  servis  plutôt que  de  servir  le  pays.  Le  président Bédié  était  un  visionnaire  comme Houphouët,  son  mentor.  Le  miracle ivoirien dont on parle tant, Bédié y est pour beaucoup et j’en parle dans tous les cercles.

Après  les  présidents  Houphouët, et Bédié, arrive Robert Guéï  C’est  de  triste  mémoire  (Ndlr  :  un soupire).  Mes  malheurs  ont  commencé  avec  le  coup  d’Etat.  C’est dommage, il ne vit plus parce que je n’aime  pas  parler  des  gens  en  disant leur  nom.  J’avais  mon  agence  Régie 12  qui,  à  un  moment,  était  mieux équipée  que  Tv2.  Comme  nul  n’est prophète  chez  soi.  Parfois,  l’on n’aimait  pas  ma  tête  dans  cette  maison. Je travaillais plus pour l’extérieur que  pour  mon  pays  quand  j’étais  à Régie 12. Je faisais des reportages à la frontière  du  Liberia  pour  Tv5  et  des télévisions  américaines  etc. Arrive  le coup  d’Etat.  L’on  m’appelle  un  jour pour  me  dire  que  le  président  Guéi veut me voir à l’Indenié chez lui. J’y vais. Il est très à l’heure, il descend. Il me demande ça va, petit frère ? Je dis, grand  frère,  ça  va.  Il  faut  que  tu regagnes l’équipe comme tu faisais les grandes  choses  pour  le  papa  afin qu’on  fasse  de  grands  trucs  comme Joseph Diomandé, Issa Sangaré. Moi, j’ai  peur  de  l’uniforme,  j’ai  peur  des coups  d’Etat  militaires,  j’ai  peur  des armes. Je lui ai dit sans penser à ma famille,  cela  me  gêne  un  peu,  vous êtes  des  militaires,  moi,  je  suis  un artiste.  Aujourd’hui,  en  culotte, demain en smoking, après demain en pantalon jean. Vous, vous n’aimez pas ça. Vous, c’est la rectitude militaire, je ne pourrai pas faire la discipline militaire. Je ne veux pas laver non plus les toilettes  au  camp  militaire.  Excusez moi grand frère ! Et il dit c’est dommage et m’a saluer. Je crois que c’était un mercredi. Le vendredi qui a suivi, je  n’étais  plus  rien.  Mon  agence  se situait derrière la Télé dans un immeuble qu’on appelait Jbg. Les gens disaient  que  c’était  mes  initiales  Jeune Benson  Georges.  J’arrive  le  matin  je vois plein de monde. Des militaires et tout. Je me suis dit que les gens-là sont là  encore.  Parce  que  c’est  par  là  ils passaient pour aller à la télé faire leurs exactions.  Mais  lorsque  je  suis approché,  je  me  suis  rendu  compte que  c’était  chez  nous.  J’arrive,  mon assistante,  mes  collaborateurs,  on  les bouscule jusqu’en voiture. J’arrive, on dit le voilà. Je n’avais pas encore garé ma  voiture,  le  temps  d’ouvrir  ma voiture, les coups de cross tombaient sur moi. Ils ont tout pris. J’avais une Chrysler  à  l’époque  pour  faire  mes reportages. J’avais deux millions pour payer le personnel et un petit matériel. « C’est Bédié qui lui a donné ça. C’est Bédié qui lui a donné ça. Prenez ». Ils ont  tous  embarqué  dans  ma  voiture Chrysler au volant de laquelle se trouvait  un  militaire  qui  ne  sait  pas  conduire ma voiture. Ils ont molesté mon assistante et mon collaborateur. Déjà, à  cette  époque,  j’ai  commencé  mes malheurs  .Et  je  marchais  de  Cocody au  Plateau  pour  chercher  du  travail

Moi Benson Georges, quand je m’assoies devant quelqu’un pour dire que je cherche du travail, l’on ne me croit pas.

Et pourquoi?

Même aujourd’hui, demander du travail, je ne veux pas être directeur ou sous directeur. J’ai des idées de communication à vendre. Mais l’on ne te croit  pas  parce  que  tu  es    « gbagbo mogo ». Mais à l’époque, quand tu dis que  tu  cherches  du  boulot,  on  dit  toi aussi. C’est comme cela que les gens font et puis les gens meurent de faim dans  une  cuisine.  C’est  comme  cela que je marchais de Cocody au Plateau ayant  tout  perdu.  Il  parait  que  c’est une femme blanche qui m’a récupéré pour  m’amener  à  la  pharmacie  des Arts pour me donner du magnésium

Avec Laurent  Gbagbo,  vos  malheurs  ont  cessé  puisse  que  vous atterrissez à la présidence

C’est  dans  cette  atmosphère  sans emploi,  sans  ressource,  le  courant coupé  à  la  maison.  Un  jour,  j’étais dans la voiture d’une amie puis mon téléphone  sonne,  on  m’avance l’épisode  d’un  événement  dans  ma famille. Je n’avais pas d’argent. Là où je  pensais  qu’on  en  trouvait  comme vous  dites  que  je  suis  avec  tous  les présidents, j’ai pris plein d’argent. Je vais  essayer  de  trouver  de  l’argent pour  cet  événement,  mariage.  J’entre au  Pdci-Rda,  je  ressors  avec  62  000 Fcfa parce  que  j’ai  l’habitude  de  ces gens-là  pour  qui  j’ai  travaillé,  je  me dis qu’ils vont se rappeler ce que j’ai bien  pu  faire.  J’entre  dans  le  Pdci  je ressors avec 62000 Fcfa que me donne M.  Tiapani.  Mais  pourquoi  il  me donne  ça.  Parce  que  j’avais  travaillé pour  lui  à  une  époque  pas  pour  lui mais pour son ministère. Il me devait de  l’argent.  Je  suis  sorti  avec  62000 Fcfa.  Et  j’ai  porté  ma  croix.  Ils  ont renvoyé  ma  fille  de  l’école  Mermoz parce que je ne pouvais pas payer l’école.

J’étais dans une voiture et mon téléphone  sonne.  C’était  le  président Gbagbo qui me demande pourquoi je fais  ça.  Je  dis  que  nous  sommes  des amis  d’enfance.  Même  quand  je m’opposais à ton propre grand père, tu n’as jamais de propos déplacés à mon encontre. Il me dit « viens me voir ». Je brûle tous les feux rouges possibles et  j’arrive  chez  lui  à  domicile.  Et  il propose un poste de chargé de mission

Et vous ne refusez pas le poste que vous propose l’adversaire de votre « père » ?

Ah, petit frère, dans la situation ou j’étais, un président de la République te dit  « viens  travailler  avec  moi »  je  ne vois  pas  un  seul  Ivoirien,  à  part  les militants extrémistes d’un parti, qui va refuser sur le champ. Je saute sur l’occasion  parce  que  sur  le  champ,  il appelle sa secrétaire pour qu’on réinscrive  ma  fille  à  ma  Mermoz.  Sur  le champ,  il  me  propose  un  poste  de chargé de mission mais sur le champ aussi,  je  lui  dis  « Atto »  je  n’animerai jamais  un  meeting  du  Fpi  et  je  ne ferais  jamais  partie  du  Fpi.  Il  dit  en présence  de  Monsieur  Amédée Couassi Blé que « je ne t’ai pas appelé pour ça. Je t’ai appelé pour te donner un salaire parce que les gens m’ont dit que  tu marches de Cocody au Plateau. On  m’a  dit  que  tu  mendies  et  je  ne veux  pas  que  les  hommes  célèbres tendent la main. C’est pour cela que je t’ai appelé pour te donner un bureau et un salaire. Je ne veux pas te demander de devenir Fpi ou d’animer un meeting. Le jour où j’apprends que tu es en train  de  remplir  un  document  pour devenir  Fpi  on  se  sépare ».  Très  clair en présence de M. Amédé Couassi.

Et je  suis  le  seul  certainement  peut-être qu’il  en  a  eu  avant  moi  pour  qui  ce monsieur s’est déplacé pour venir voir mon  bureau.  Et  il  dit  « j’ai  dit  de  lui donner un grand bureau » J’ai dit non que c’est  moi  qui  choisi  ce  bureau.  Pour ceux  qui  sont  venus  me  voir  à  cette époque au palais, j’avais le plus petit bureau au bâtiment des conseillers au 3e  étage  sans  ascenseur.  Un  petit bureau  peut-être  même  de  douze mètres  carrés.  Pendant  tout  le  temps où je suis resté dans cette fonction, je n’ai  travaillé  que  deux  fois  pour  le président. Quand le secrétaire général des  Nations  unies  est  arrivé,  j’ai  travaillé pour lui et son épouse. Le président  recevait  le  secrétaire  général donc  j’ai  fait  l’animation.  Madame recevait  l’épouse  de  Ban  Ki  Moon,

j’ai  pris  les  artistes  de l’Ina  (Ndrl  : Institut  national  des  arts)  nous  avons joué  des  musiques  coréennes,  elles étaient  très  contentes.  J’ai  travaillé une  troisième  fois  pour  madame  à l’occasion  d’un  concours  artistique sur  la  réconciliation  où  j’ai  fait  faire des  monuments…  ce  sont  les  seules fois  où  j’ai  travaillé  pour  eux.  Mais nous avons été très clairs au départ. Il m’a engagé pour me relever du point de vue de mon honorabilité et  me donner un salaire. Je lui ai dit que je n’animerais  pas  un  meeting  du  Fpi.

De mémoire d’homme politique, il y a un ou deux meetings que j’ai animés et il y a un seul où j’ai été très actif. Ce n’était  pas  pour  animer.  On  m’avait invité,  j’étais  assis  et  un  jour  je  me suis  plaint  sur  l’embargo  sur  les médicaments. Je suis allé à l’hôpital et j’ai vu la détresse des gens. Et je suis venu crier cette détresse pour dire que je  n’étais  venu  ni  pour  Ouattara  ni pour  Gbagbo  mais  j’étais  là  pour  la Côte d’Ivoire. Et j’ai dit que c’était le moment et je risquais de porter plainte contre  celui  qui  a  pris  cette  décision parce que dans toutes les vraies guerres, il y a des couloirs de Croix rouge, des couloirs humanitaires. Mais vous savez, quand on veut noyer son chien on l’accuse de rage. On oublie ce qu’il a fait de bien. La personne dit que je ne  suis  ni  pour  Gbagbo  ni  pour Ouattara ou bien on dit  il a assisté au meeting de Blé Goudé…

C’est  ce  que  l’on  dit,  que  vous avez  assisté  au  meeting  de  Blé Goudé, que vous le coachez et que Gbagbo est votre ami au-delà du conseiller simple que vous étiez ?

(Ndlr :  il  hausse  le  ton)  Ah  non, Gbagbo n’est pas mon ami, il est mon frère. Ah non, je ne renierai pas et je ne renierai jamais Monsieur Gbagbo, il n’est pas mon ami, c’est un frère. Je te prie d’écrire cela en lettres majuscules.

Qu’est-ce qui vous a marqué chez ce Monsieur ?

Chez qui ?

Chez Gbagbo.

Sa fidélité à l’amitié, à la fraternité

Vous  qui  sortez  du  Pdci  vous n’avez  pas  connu  ces  qualités chez un membre de ce parti?

Ah, je ne suis pas Pdci. Je ne sors pas du  Pdci.  J’ai  servi  le  Pdci  en  tant qu’employé. Le Pdci me l’a fait bien comprendre  parce  qu’on  ne  m’a jamais  mis  dans  un  organe  du  Pdci. Nous avons eu en stage la formation de certaines personnes qui ont été très vite  coachées.  Bureau  politique, comité directeur, des jeunes à la radio, à  la  télé.  Je  ne  veux  pas  citer  des noms. Mais moi Benson, l’on ne m’a jamais coaché.

Est-ce  que  vous  avez  cherché  à comprendre ?

Mais pourquoi je vais chercher à comprendre ?  Cela  ne  m’intéresse  pas.  Ce qui m’aurait intéressé, c’est qu’on me nomme directeur général de la Rti ou directeur  de  la  Télévision.  Mais  cela n’a jamais été fait. Je ne suis pas un quémandeur.  Aujourd’hui,  je  suis obligé  de  mendier,  de  quémander. Mais je n’ai jamais été quelqu’un qui demande les postes. Il y a des jeunes qui  ont  été  directeurs  généraux, directeurs…

Et  aujourd’hui,  comment  vous vivez, vous quémandez, où vivez-vous,  comment  vous  passez  vos journées ?

Tu  me  trouves  dans  un  espace  de bureau et tu vois la pile de papiers. Je crée.  Je  continue  de  créer  mes  émissions le temps que quelqu’un se dise qu’il a besoin de Benson. Aujourd’hui je vis misérablement à Yopougon.

Est-ce  que  vous  avez  cherché  à rencontrer  le  président  Ouattara ?

Pourquoi ?  Moi,  on  m’a  toujours appelé. Je n’ai jamais demandé. Et je suis désolé, on m’a toujours appelé. Je n’ai  jamais demandé à rencontrer  les  présidents Houphouët, Bedié, Guéi ; Gbagbo et je ne demanderai jamais à rencontrer quelqu’un. Jamais ! J’ai écrit des lettres où je me suis humilié à cette époque (sous Ouattara). Quand  j’ai  eu  mon  accident  en  mission, j’ai eu un problème de bras, j’ai écrit qu’on me dédommage, qu’on me soigne comme l’avait promis le président Gbagbo. Je me suis humilié dans ces courriers-là. Humilié, je vous dis petit  frère.  J’ai  regretté  après  parce que je pensais rencontrer de l’humanisme,  de  la  compréhension.  J’ai  rencontré  certaines  personnes  qui  m’ont écouté  et  puis  rien.  J’en  ai  rencontré une  qui  a  été  sincère  avec  moi  et  je remercie cette personne que je considère toujours comme un frère. Mais il m’a mis des choses dans mes oreilles, il m’a traité de collabo et de traitre. Tu es un collabo, tu es un traitre « tu sais ce qu’ils ont fait aux femmes qui ont eu  des  relations  sexuelles  avec  les Allemands pendant la guerre. On les a rasées et on les a mises nues. Et on les a  promenées  dans  le  village.  Les hommes, on leur a mis une balle dans la  tête.  Je  te  regarde,  je  ne  sais  pas quoi te faire  » Il m’a traité de collabo dans  son  bureau,  il  m’a  insulté.  « Toi Benson, tu es une icône, le président t’aime beaucoup. Mais tu as refusé de venir au Golf. Tu  es resté avec l’adversaire. Tant que nous serons là, toi Benson, tu n’auras rien. Nous sommes là pour longtemps ».  Je cherche un pays où aller pour finir ma vie parce que je sais que je n’aurai rien dans mon pays. Je suis né le vendredi  25  janvier  1946  à  Treichville.

Les seules fois où je suis sorti de mon pays,  c’était  pour  aller  apprendre  le métier ou aller en reportage. Mes parents sont originaires du Ghana. Je ne m’en cache pas. Je ne connais pas le Ghana. J’y suis allé pour jouer au volley-ball. Je ne connais que la Côte d’ Ivoire.

Vous  n’êtes  pas  Pdci,  vous  êtes peut-être Fpi ?

Je  suis  Georges  Benson,  réalisateur producteur  de  télévision.  Je  n’ai jamais payé une carte d’un parti politique  et  je  n’en  prendrai  jamais.  J’ai travaillé pour le Pdci en tant que technicien de l’animation de la télévision.

Quant à Joseph Diomandé, je ne pense pas  qu’il  ait  pris  une  carte  du  Pdci. Quand arrive le congrès du Pdci, nous nous  mettons  tout  naturellement  à  la disposition  du  parti  et  avec  l’Etat parce que c’était le parti unique. L’on coupait  nos  cotisations  à  la  source sans  notre  avis.  Voici  pourquoi  nous étions  Pdci.  Quand  vous  nous  voyez animer les meetings du Pdci, c’était au titre  de  la  Fonction  publique.  Je  suis allé  à  la  Présidence  pas  au  nom  du Fpi.

Est-ce  que  vous  regrettez  de n’avoir pas été au Golf ?

Non. Je ne regrette pas. Je vais vous expliquer.  Je  n’ai  pas  de  conviction politique. J’ai servi les présidents qui étaient sur le trône. Parti unique, nous sommes  obligés.  Ton  directeur  te  dit que tu vas au congrés du Pdci à la fin du congrès, tu seras l’animateur de la soirée.  Tu  vas  dire  quoi ?  Les  gens font  la  confusion.  Comme  ce  monsieur  qui  m’a  agressé  au  maquis Aboussousan après le dernier congrès. Comme  d’habitude,  je  déjeunais  à l’Aboussouan comme tous les samedis et ils sont venus, ils ont dit : voilà les traitres.  Je  l’ai  bien  lavé  et  je  lui  ai expliqué  qui  j’étais.  Vous  pouvez demander à Fologo si j’ai été coopté comme ils l’on le fait pour les jeunes du Bureau  politique,  Grand  conseil  etc.

Ma  fille  aînée  dit  un  jour,  même Grand conseil où il y a 2 millions de personnes,  tu  n’es  pas  dedans  aussi. Une fois, j’ai appelé Fologo pour dire que  voici  ce  qui  m’arrive.  Il  m’a  dit qu’il y a une liste additive, il faut voir Ehui Bernard. Et j’ai appelé Ehui pour dire, vous aussi, vous allez me mettre sur  une  liste  additive.  Donc  voici  le malentendu.  Vive  le  Pdci,  vive Houphouët ! C’était  au  titre  de  la Fonction publique. Je n’ai jamais participé  à  une  section  de  quartier.  J’ai fait plus pour le Pdci que ceux qui se disent  vrais  militants.  J’ai  fait  beaucoup surtout pour les candidats Pdci.

Comment  jugez-vous  l’environnement  politique  aujourd’hui  en Côte d’Ivoire?

Quels  conseils  je  vais  donner  à  des gens  qui  sont  Agrégés,  Phd ?

Lorsqu’on  parle  de  réconciliation,  il faut  qu’on  se  présente  en  réconciliateur.  Qu’on  crée  l’environnement  de la réconciliation. Parce que les propos que  j’ai  entendus  de  ce  monsieur, « tant qu’on sera là, tu n’es pas venu au Golf » ne sont pas des propos de réconciliation. Mais je dis merci à ce monsieur parce que je sais ce à quoi je dois m’attendre. Désarmons nos cœurs. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain.  Beaucoup  d’Ivoiriens  n’ont pas la culture des armes. Nous avons eu  peur  des  armes  parce  que  nous n’avons pas cette culture. Faisons en sorte  que  plus  personne  n’ait  accès aux armes. Acceptons même les pires « ennemis ».  Faisons  honte  à  l’adversaire en le recevant. Prions que ceux qui sont croyants disent que si l’on te gifle il faut tendre l’autre joue. Il faut pardonner.  L’on  sait  que  c’est  toi  le vainqueur et si tu appelles l’autre, cela te  grandit.  L’environnement  est  très difficile.  Les  gens  vivent  difficilement. Les gens, souvent dans les taxis ils se  plaignent.  Surtout  faites  attention ils sont plein d’espions, ne parlez pas trop. Des gens sont venus trouver un  trou.  Laissez-les  mettre  le  trou  à niveau.  Prenons  le  temps.  Parfois  je suis très critique avec le régime parce que je suis dans ce pays mais au total pardonnons-nous.  La  femme  qui voulait  m’engager  pour  faire  l’anniversaire  du  Pdci,  je  lui  ai  dit,  on vous dit de ne pas travailler avec moi. Elle a dit oui car les gens lui ont dit que  j’ai  travaillé  avec  Gbagbo.  Mais c’est quel crime. Je dis la vérité dans « Le  Nouveau  Réveil »,  c’est  quel crime de travailler avec Gbagbo ? Vu m’avez-vous  avec  un  fusil,  avec  un tank, avec une orgue de Staline ? Vous m’avez vu dans un meeting ? Mais si nous  devons  dire  des  choses  nous devons  crever  l’abcès.  Gbagbo  est mon  frère  et  je  ne  le  renierai  jamais même  si  je  dois  manger  du  sable. 

Mais en même temps au Fpi, au Pdci, au Rdr, j’ai des amis mais on ne m’a jamais  accepté  vraiment.  Au  palais, quelqu’un était venu et les gens l’ont pris pour un traitre qui a mangé avec ceux  qui  les  ont  frappés  avant.  Et Gbagbo n’a pas apprécié et il dit qu’il ne voulait plus entendre cela. Dans un chapitre de mon livre, j’ai mis GTB, une erreur nationale.

N’y  a-t-il  pas  un  sort  qui  vous suit?

Peut être que je n’ai pas fait les gestes qu’il  fallait  pendant  un  moment. C’est-à-dire  tendre  la  main. Aujourd’hui, je suis obligé de le faire pour  assurer  le  quotidien,  je  suis obligé. Moi, je suis un battant.

Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez un  compte.  Combien  avez-vous dans le compte si ce n’est pas un secret ?

Je n’ai pas de compte. Et je n’ai rien. J’avais un à la Cnce mais il est vide

Interview réalisée par Patrice Yao et Dieusmonde Tadé

Coll :Coulibaly Foumséké

Nouveau Reveil du 07 Novembre 2013

Affaire CPI– Laurent Gbagbo : LES ENJEUX DE L’AUDIENCE du 9 octobre 2013

octobre 7, 2013 3 commentaires

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Le 26 septembre 2013, la « juge unique », Mme Silvia Fernandez de Gurmendi, a pris une ordonnance pour programmer une audience le 9 octobre prochain, dans l’affaire « le Procureur c. Laurent Gbagbo ». Cette initiative suscite divers commentaires. Et pour cause !

                       
L’audience ne s’inscrit pas dans le cadre de l’examen automatique de la détention intervenant tous les 120 jours. La dernière s’étant déroulée le 11 juillet, nous serons le 9 octobre 2013, à 90 jours. L’audience n’a pas été demandée par la défense du Président Laurent Gbagbo, dont c’est pourtant l’intérêt plus que manifeste, et alors même qu’elle en a la possibilité, à tout moment et qu’elle a mis un point d’honneur à exploiter toutes les opportunités, y compris médicales, qui lui étaient offertes. D’ailleurs, un appel est pendant, suite la dernière décision rendue le 11 juillet 2013. Non, cette fois-ci, l’audience est convoquée à l’initiative de la « juge unique » elle-même, conformément à l’article 118 (3) du Règlement de procédure et de preuve qui dispose que la Chambre préliminaire « peut, d’office …, décider de tenir une audience ».

L’initiative paraît d’autant plus curieuse, que, la « juge unique » qui a pris cette ordonnance, s’est illustrée dans le maintien en détention du Président Laurent Gbagbo, sur le fondement de motivations très contestables et parfois saugrenues, pour qui connaît la personnalité du suspect. En effet elle ne s’est pas gênée de prétexter le risque de fuite pour un homme qui a bravé les bombes de l’ONU et de la France en 2011, qui est resté chez lui en novembre 2004, sachant que les chars français avançaient vers sa résidence pour opérer un « coup d’Etat », et qui, en visite officielle auprès du pape, lors de l’attaque de septembre 2002, a insisté pour retourner dans son pays, alors même que son homologue français, alléguant la grande insécurité qui régnait dans la capitale ivoirienne, l’en dissuadait et lui offrait un « exil doré ». Elle a aussi invoqué la possibilité de prise de pouvoir par les armes pour « l’enfant des élections » qu’est le combattant de la démocratie ivoirienne et l’apôtre de la transition pacifique à la démocratie, auteur de plusieurs ouvrages, au titre évocateur : pour une alternative démocratique en Côte d’Ivoire ; agir pour les libertés ; bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité. Elle a même reproché sa popularité au Président Laurent Gbagbo, un homme politique. A cet effet, elle n’a pas hésité à se référer à un rapport de mi-mandat controversé des experts de l’Onu, vivement contesté par certains membres du Conseil de sécurité et dont certaines affirmations ont été, par la suite, infirmées dans le rapport final. 

Alors, qu’est-ce qui a bien pu décider la bonne « juge unique » à programmer cette audience « pour recevoir les observations sur la question de la liberté ou de la détention de M. Gbagbo »?

Vers une liberté conditionnelle du Président Laurent Gbagbo ?

Pour essayer de répondre à la question, il convient de rappeler que dans sa décision du 11 juillet 2013 rendue à propos du 3e examen périodique de la détention, la Chambre préliminaire 1, réunie au complet et non limitée à sa « juge unique », avait envisagé la possibilité d’une « libération conditionnelle » du Président Laurent Gbagbo, « en tenant compte du principe fondamental selon lequel la privation de liberté doit être une exception et non la règle » et pour autant que des conditions appropriées étaient trouvées pour réduire les risques liés à cette libération. S’étant déclarée ouverte à un réexamen de la question, la Chambre préliminaire 1 s’était proposée pour rechercher elle-même, les « arrangements éventuels à la libération conditionnelle ». Puis, concluait-elle « si cela devient nécessaire, la Chambre tiendra une conférence de mise en état à cet effet ».


Les « conditions appropriées » sont-elles maintenant réunies ?

Une question d’autant plus judicieuse qu’il y a plusieurs mois, l’information d’un déplacement du greffe de la Cpi dans un pays africain, pour vérifier ces fameuses « conditions appropriées », avait fuité. Mais Mme la « juge unique », la compatriote de M. Ocampo Moreno, l’ancien Procureur de la Cpi qui avait sollicité le mandat d’arrêt contre le Président Laurent Gbagbo, ne les aurait, semble-t-il, pas jugé solides.
Notons cependant que cette décision du 11 juillet 2013 est intervenue après celle du 3 juin 2013, qui avait jugé que les preuves sur la base desquelles le Président Laurent Gbagbo avait été transféré à la Cpi, étaient insuffisantes, mais qu’une « séance de rattrapage » devrait être offerte à la Procureure, compte tenu de la particularité de l’affaire, pour en présenter de nouvelles. Les éléments de preuve encore en sa possession ont d’ailleurs été transmis à la Chambre préliminaire depuis le 5 juillet 2013.
Dans le même sens, au Ghana, les juges refusaient la demande d’extradition introduite par le régime de Ouattara au sujet du ministre Koné Katinan, porte-parole du Président Laurent Gbagbo, au motif que les accusations n’étaient pas fondées, et que ladite demande n’était pas dénuée de motivation politique. Un premier juge, Ali Baba s’était même lâché en pleine audience, en déclarant qu’« on ne peut pas porter d’aussi graves accusations sur un citoyen et avoir autant de mal à apporter les preuves ». 

En réalité, le même constat fait par les juges ghanéens et de la Cpi, est celui des observateurs de toute cette odyssée politico-judiciaire mondiale, que le « préfet des lagunes » a orchestrée sous l’influence maléfique de son mentor, Nicolas Sarkozy. Les nombreux prisonniers politiques de Ouattara ne sont pas plus coupables que ses ouailles qui ont introduit la violence politique en Côte d’Ivoire, mais qu’il refuse de poursuivre, au nom de la « justice des vainqueurs ». C’est pourquoi personne n’a été surpris d’assister à des vagues de libération, sans jugement, des partisans du Président Laurent Gbagbo, dont la quasi-totalité de la direction du front populaire ivoirien (FPI), après plus de deux ans d’incarcération, puis d’entendre le régime Ouattara déclarer surseoir à l’exécution du mandat d’arrêt de la Cpi contre l’honorable Simone Gbagbo.

Cette évolution peut être attribuée à une meilleure perception de la crise ivoirienne. Les plus hautes personnalités du monde n’ont pas hésité à exiger du régime Ouattara la réconciliation nationale et la nécessité d’une justice impartiale : les présidents de la Banque mondiale, du Fonds Monétaire International, de la commission de l’Union européenne et le Pape. La France du Président François Hollande s’est particulièrement illustrée sur ce front, en multipliant les signes d’énervement devant la raideur de Ouattara, qui traîne les pieds, misant, à coup de « valises », sur un retour rêvé de Nicolas Sarkozy aux affaires. Les organisations des droits de l’homme n’ont pas été en reste, interloquées, de constater un recul des droits et libertés en Côte d’Ivoire, depuis l’accession au pouvoir du « Président reconnu par la communauté internationale ».


Vers la création d’une cour pénale africaine par les pays africains

Mais les pressions les plus décisives sont certainement à mettre à l’actif de l’opinion publique africaine qui s’est fortement mobilisée. Des articles de presse et des ouvrages ont été publiés pour dénoncer l’imposture du transfèrement du Président Laurent Gbagbo à la Haye. L’un de ceux-ci, « Laurent Gbagbo à la Cpi : justice ou imposture ? » publié par l’harmattan, fait d’ailleurs l’objet d’une demande insistante de traduction de la part des milieux diplomatiques et politiques. En Côte d’Ivoire, le rejet du régime s’est manifesté à travers des taux d’abstention record, consécutifs au boycott des consultations législatives et locales de 2011 et 2013. De plus, de nombreuses manifestations de soutien à Paris, à la Haye, en Belgique et aux Etats-Unis ont réuni régulièrement les démocrates ivoiriens et leurs camarades africains et d’autres pays, pour demander la libération du Président Laurent Gbagbo. Le point d’orgue a été la marche gigantesque dans les rues de Paris, le 28 septembre 2013, qui a mobilisé une cinquantaine d’organisations africaines. Ce sentiment d’indignation devant la perversité raciale de la Cpi a été traduit par le mouvement des africains français, dirigé par l’écrivaine Calixte Béyala, à travers une pétition qui demande le retrait des pays africains de la Cpi. 
Quant aux dirigeants africains, leurs initiatives ont répondu aux attentes de leur opinion publique. A plusieurs reprises, l’Union Africaine (UA), s’est indignée de l’abus du principe de compétence universelle dans certains États non africains (Belgique par exemple). Elle a décidé de ne pas coopérer avec la Cpi dans la procédure engagée contre le Président soudanais Oumar Béchir, tout en demandant au Conseil de sécurité de l’ONU, de la différer. En outre, dès sa prise de fonction en tant que Présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Nkosana Zuma a adressé une lettre aux juges de la Cpi, pour leur expliquer que la libération du Président Laurent Gbagbo était nécessaire pour la réconciliation en Côte d’Ivoire. La décision prise par le parlement Kenyan de demander à son gouvernement de se retirer de la Cpi s’inscrit dans le cadre de ce mouvement d’indignation et de colère à l’égard de cette tendance qu’ont les grandes puissances, non seulement à infantiliser les dirigeants africains, mais aussi à réprimer ceux parmi eux qui leur résistent, sous le prétexte d’une morale des droits de l’homme qu’ils sont les derniers à respecter. Le 13 octobre prochain, le sommet extraordinaire prévu par l’Union africaine pour discuter du retrait des pays africains de la Cpi, pourrait, à juste titre, approfondir ce mouvement de rejet. 

D’ailleurs, l’initiative prise par le Sénégal, en exécution d’un mandat de l’Union africaine, de juger l’ancien Président tchadien, Hissein Habré, porte un coup sérieux à la prépondérance de la Cpi, dans la répression des crimes contre l’humanité et fonde les nouveaux espoirs des africains en la matière. Elle montre l’engagement des Etats africains à lutter contre l’impunité, par le jugement des cas de crimes graves de préoccupation internationale, en attendant la mise en place prochaine d’une Cour pénale africaine, envisagée sous la forme d’une section de la Cour africaine de justice et des droits de l’homme, qui va naître de la fusion de la Cour africaine des peuples et des droits de l’homme avec la Cour de justice de l’UA. Ce pourrait être d’ailleurs une belle opportunité pour donner une « définition du crime lié au changement anticonstitutionnel de gouvernement ».

La Cpi peut-elle inverser la tendance au retrait des pays africains ?

C’est donc dire que la juge argentine a programmé son audience dans un contexte marqué plutôt par une forte pression sur la Cpi. L’accusateur en chef, Ouattara, a perdu son soutien international sur le dossier. Et vis-à-vis de la Cpi, il a, lui-même, amorcé un rétropédalage à travers l’exception d’irrecevabilité soulevée à propos du mandat d’arrêt de l’honorable Simone Gbagbo, découvrant, enfin, la souveraineté judiciaire de la Côte d’Ivoire. Les juges ghanéens et de la Cpi ont démontré qu’il n’y a aucune preuve au soutien des accusations fantaisistes de Ouattara. L’image de la Cpi est au plus bas. 
Dans ce contexte, la « juge unique » va-t-elle continuer à prétendre que la popularité du Président Laurent Gbagbo et ses soutiens politiques et financiers l’empêchent de bénéficier d’une liberté provisoire, alors même que les Président et vice-président Kényans, Uhuru Kenyatta et William Ruto, pourtant en procès, qui peuvent être crédités des mêmes appuis, parce que élus par le peuple et disposant des moyens de leur Etat, assistent librement aux audiences de la Cpi ? Pourquoi « deux poids, deux mesures » ?

En tout état de cause, pour avoir trop tiré sur la corde de l’imposture à travers sa « justice orientée », la Cpi n’a peut-être pas vu venir le coup. Mais, l’Afrique digne semble avoir décidé, en toute souveraineté, de prendre ses responsabilités dans la lutte contre l’impunité sur le continent. L’audience prévue le 9 octobre 2013, à quatre jours du sommet extraordinaire de l’UA sur le retrait des pays africains de la Cpi, pourra-t-elle permettre à la juridiction pénale internationale d’inverser la tendance ? Tel est, en définitive, l’enjeu principal de cette audience, pour lequel la Cpi pourrait offrir la « libération conditionnelle » du Président Laurent Gbagbo comme une assurance de sa crédibilité retrouvée. Quel retournement de l’histoire !

Dr Kouakou Edmond, 

Juriste, Consultant

Affaire « Le frère ainé de Laurent Akoun vire au RDR » : encore un mensonge du RDR

septembre 28, 2013 1 commentaire

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« Ce n’est pas exact d’indiquer qu’AKoun Pascal est le frère ainé de Laurent Akoun, Secrétaire général du FPI. Il n’est pas le frère biologique de Laurent Akoun. Monsieur Akoun Pascal est, comme le ministre Jean-Jacques Bechio, l’Ambassadeur Jacques Anoma et moi même, fils de Memni. Ce village compte en effet six grandes familles dans chacune desquelles des parents éloignés ou proches cohabitent en bonne intelligence avec les familles alliées selon la tradition. Le patronyme « Akoun » est un des plus courants en pays Akyé particulièrement dans le village de Memni comme Sanogo, Coulibaly utilises dans le grand nord de la Cote d’Ivoire. En outre, le sieur Pascal Akoun indiqué sur cette photo de couverture est militant PDCI, très actif lors des échéances électorales de 2010 pour le compte de son parti au premier tour et ensuite pour le candidat du RHDP lors du second tour. Par ailleurs, faisant partie de la même grande famille que moi, il a ainsi facilité mon retour d’exil d’Accra, en juin 2011, au nom de ses relations dans le RHDP. Action pour laquelle je ne cesserai de remercier celui que j’appelle affectueusement « mon cher oncle ». Pour terminer, Akoun Pascal est l’époux de Michelle Aké, actuelle députée PDCI de la circonscription d’Alépé Sous-préfecture.

Hermann Aboa, journaliste, fils de Memni »

 

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RDR, GBAGBO VOUS A TOUT DONNÉ. QUE LUI AVEZ-VOUS DONNE EN RETOUR?

septembre 27, 2013 3 commentaires

RÉPONSE AU JOURNAL ALASSANISTE LE PATRIOTE :

RDR, GBAGBO VOUS A TOUT DONNE. QUE LUI AVEZ-VOUS DONNE EN RETOUR?

Dans sa parution du Mercredi 25 Septembre 2013,  « le Patriote» titre avoir tout donné au FPI et s’interroge sur la contribution de ce parti au retour de la paix en Côte d’Ivoire.

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 L’essentiel du tout, qui aurait été donné par Ouattara se résume à la libération de personnalités politiques gratuitement emprisonnés; le refus de transférer Simone Gbagbo, pour éviter de livrer dans le même coup ses chefs de guerre; et une grâce présidentielle qui exclut expressément le restant des quelques 700 prisonniers pro-Gbagbo encore détenus. Tout témoin objectif de la crise en Côte d’Ivoire ces dix dernières années, ne peut manquer d’être surpris par l’absurdité de ces propos. Et si, comme par justice, le FPI  faisait au RDR ce que le RDR lui a fait? Il n’est que sage, d’après la Bible que notre journaliste cite très maladroitement, de ne faire aux autres que ce qu’on aimerait qui nous soit fait. Libérer un homme arbitrairement emprisonné n’est point une grâce; ce n’est que justice, une consolation ponctuelle qui n’offre aucune solution pour les préjudices irréparablement subis. Le dégel tardif de certains comptes peut-il ressusciter ceux qui sont morts par manque de moyens (Bohoun BOUABRE)? Détenir Mahan GAHE, lui casser cottes et vertèbres, seulement pour s’entendre dire par le juge plus de deux ans après qu’il y a un non-lieu dans son affaire, mérite il d’être ajouté à la bienveillance de Ouattara? Le FPI en cherchant la paix en Côte d’Ivoire a donné au RDR et au PDCI, même avant la guerre, un Gouvernement d’Union National, et après, un Gouvernement de Plus Large Ouverture. Ce parti a offert à la Nation un Forum National de la Réconciliation auquel, le Président Gbagbo a lui-même humblement participé, sans jamais, comme l’orgueilleux Dramane, le confier  à une personnalité subsidiaire de son parti (Ahoussou Jeannot). Confronté à une rébellion, le FPI a sacrifié Affi N’GUESSAN, son Premier Ministre, celui dont la résurrection vous donne l’insomnie aujourd’hui, pour avoir la paix. Il a financé au nom de la  démocratie le RDR à hauteur de 800 million par an. Le FPI n’a eu, pendant ces années de braises, que la responsabilité du pouvoir, sans en avoir la gestion, ayant perdu la moitié de ses ministères au profit de la rébellion. Dans un ultime acte de sacrifice, le FPI a confié à l’opposition, l’organisation des élections (la CEI) au nom de la transparence et de la paix. La réponse du RDR à tous ces sacrifices fut un non au désarmement des rebelles, non à la réunification territoriale et non à l’unicité des caisses de l’Etat. Le RDR parle de don, le FPI parle de sacrifice. De toutes les promesses faites par Le RDR, ce parti n’a tenu qu’une seule; il a dit qu’il rendrait la Côte d’ivoire ingouvernable, et il l’a ainsi rendue. Son mentor a dit: «Au moment venu, je frapperai ce gouvernement moribond, et il tombera». Bédier et Gbagbo en ont fait les frais. Quand Danon DJEDJE dit sans se tromper que le FPI n’a rien à donner, il parle plus d’une situation objective de dénuement, d’un contexte qui ne saurait créer des obligations à la charge du FPI. Ayant été ouvertement soutenu par les forts et hauts piliers de l’ONU, de la France et des USA, le RDR n’a pas compris qu’en politique comme dans les faits, les hauts sommets donnent le vertige. Malheureusement, une fois au sommet, on ne peut que descendre. Ayez le courage et l’humilité de descendre du sommet pour parler à vos frères ivoiriens qui ont fait les frais de votre affolement de bétail. Il n’y a pas que mesquineries et contrats à signer en politique, il y a aussi la sensibilité, ces choses imprescriptibles qui nous lient les uns aux autres. Nous sommes humblement surpris au FPI d’avoir encore quelque chose à donner qui intéresserait le RDR, ce parti qui a le soutien des grands, du FMI (PPTE), de la France (Licorne), des USA (Drones), de la CEDEAO (Ecomog), de l’UA (Jean PING). Si comme l’affirme notre fameux journaliste, Ouattara a souffert de la profanation de la tombe de sa ‘‘mère’’; nous au FPI souffrons pour ces nombreux disparus ivoiriens sacrifiés à la soif de Ouattara, qui n’ont eu ni l’âge de Nabintou CISSE, ni enfant pour faire leur deuil (comme Ouattara le fait pour sa ‘‘mère’’) et ni tombe qui subirait l’honneur d’une profanation. Car la profanation dans cette acception, consacre la fin d’une existence terrestre, bafouée mais constatée, saccagée mais reconnue. Combien plus préférable au collectif ravalement à l’anonymat, au néant, à l’inexistence absolue. Au FPI, notre douleur est amplifiée parce qu’elle ne trouve son expression que dans le silence absolu des disparus. Un très grand penseur ivoirien, auteur des Chemins de sa Vie à lui seul, ne disait-il pas des grandes douleurs qu’elles sont muettes.     En vérité, le RDR ne nous demande que le silence et la soumission à l’oppression. Malheureusement pour ce parti, c’est un droit de l’Homme et même un devoir moral, que de résister à l’oppression. Nous irons jusqu’au bout.

SERY ZADI AURELIEN GBOZIAGNON

Juriste

La déclaration « non lue » du Fpi qui a occasionné l’arrestation de son président Affi N’guessan

août 5, 2013 1 commentaire

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DÉCLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN (FPI).

 

La situation sociopolitique dans notre pays a été marquée cette semaine par deux faits majeurs :

Les tentatives des nouvelles autorités pour remettre en marche la machine économique et sociale ;

Le processus de légitimation du nouveau régime à travers le ballet des Présidents et Chefs d’Institutions.

Vivement préoccupés par la persistance de l’insécurité et dans le souci de contribuer à la normalisation rapide de la vie politique, économique et sociale du pays, le « Front Populaire Ivoirien (FPI) » et « La Majorité Présidentielle (LMP) », par ma voix, estiment indiqué :

•        de faire le point de la situation sociopolitique nationale;

•        d’analyser le processus de légitimation institutionnelle entrepris par le nouveau régime;

•        d’évoquer la nécessité d’une solution politique de sortie de crise.

I- SITUATION SOCIOPOLITIQUE NATIONALE

Presque deux semaines après les douloureux événements du 11 avril 2011, la situation sociopolitique reste marquée par la persistance de l’insécurité et des atteintes aux libertés et aux droits de la personne humaine.

En l’absence des forces régulières de police et de gendarmerie, des combattants armés continuent de sévir dans les différents quartiers d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Chaque jour, il est fait écho d’arrestations arbitraires et de détentions abusives sous le prétexte de la recherche de caches d’armes. Les violations de domiciles sont monnaies courantes et les actes de pillages continuent. Pour échapper aux exactions, voir à la mort, les cadres, militants et sympathisants du « FPI » et de « LMP » vivent depuis plus d’un mois dans la clandestinité, la peur et la précarité, séparés de leurs familles, femmes et enfants. Beaucoup d’entre eux ont pris le chemin de l’exil. A ce jour, plus de dix mille exilés sont enregistrés au Ghana, Togo et Bénin.

Le sentiment d’insécurité est renforcé à Abidjan en particulier par la poursuite des combats, notamment à Yopougon et à Abobo où, entre groupes d’auto-défense, « Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) » et partisans d’Ibrahim Coulibaly dit IB, on ne sait plus qui attaque qui. Le tout est que les populations fuient les quartiers, abandonnant leurs domiciles aux pilleurs. Ces pillages sont d’une telle ampleur et si systématiques qu’ils apparaissent comme une dimension du plan de conquête d’Abidjan.

Dans ce contexte de violence, l’Etat de droit et les libertés sont étouffés. L’arbitraire règne en maître. Les acquis démocratiques de la longue lutte du « FPI » sont aujourd’hui menacés. « Notre Voie », le quotidien du « FPI » ne peut paraître ; les bureaux ont été saccagés, le matériel informatique et technique emporté et l’imprimerie d’un coût de près de cinq cent millions (500 000 000) FCFA incendiée. L’opposition est réduite au silence. C’est le règne de la pensée unique dans l’audiovisuelle comme dans la presse écrite et une ambiance de dictature s’installe progressivement sur le pays. Elle alimente la peur et la méfiance des uns. Elle encourage les actes d’agression et d’humiliation perpétrés par les autres. Le pays est divisé : entre les vainqueurs du 11 avril 2011 et les autres.

Comment combler cette fracture ? Comment rassembler et légitimer les institutions représentatives à même de restaurer la paix et la cohésion nationales ?

La guerre et la violence ont montré leurs limites. Malgré le 11 avril 2011, le pays n’a pas retrouvé la paix; au contraire les positions se sont radicalisées et la fracture sociale s’est élargie; il n’y a pas de solution militaire à une crise politique. Mais en même temps, il serait illusoire d’espérer résoudre la crise politique par des arrangements entre Chefs d’Institutions.

II- DE LA LÉGITIMATION INSTITUTIONNELLE

Les visites au Chef de l’Etat, du Président de l’Assemblée Nationale d’une part et du Président du Conseil Constitutionnel d’autre part, remettent au goût du jour les questions initiales de la crise postélectorale que sont la question de la légitimité et celle de la légalité.

Les aborder aujourd’hui signifie que le 11 avril 2011 ne les a pas réglées. Mais les aborder par le biais des institutions est une illusion; car ces questions sont d’abord politiques c’est-à-dire qu’elles sont en liaison avec les choix et les déterminations du peuple, avant d’être juridiques et institutionnelles.

C’est pourquoi est d’avance vouée à l’échec, toute solution qui chercherait, comme cela semble se dessiner à l’heure actuelle, à faire l’impasse sur l’ouverture de négociations franches et sincères avec les forces politiques et sociales significatives du pays.

Au demeurant, comment le groupe parlementaire « FPI » peut-il siéger dans la sérénité et participer activement aux débats de l’Assemblée Nationale alors que sa Présidente est emprisonnée pour des motifs politiques et sans que son immunité parlementaire n’ait été levée ?

Comment le Groupe parlementaire peut-il avoir une oreille attentive au discours du Chef de l’Etat alors que Laurent Gbagbo, Fondateur du parti, croupit en prison en un lieu inconnu de ses proches et que cette situation divise le pays ? Comment le Président du Conseil Constitutionnel peut-il justifier et fonder l’investiture de deux Présidents pour la même élection présidentielle ? Etc.

En définitive, seule une solution politique issue de négociations et d’un consensus de la classe politique peut permettre à notre pays d’éviter le ridicule et de sortir dignement de cette crise politique.

III- D’UNE SOLUTION POLITIQUE DE SORTIE DE CRISE

Sortir le pays de la crise exige courage politique et sens élevé de la responsabilité. Faire preuve de courage politique, c’est regarder la vérité en face et reconnaître que le pays est en crise et que cette crise est principalement d’ordre politique. Faire preuve de responsabilité, c’est reconnaître que depuis la chute du mur de Berlin et dans les pays en développement et en transition démocratique comme le nôtre, il n’y a pas trente-six mille manières de résoudre une crise politique, mais une seule, celle de la négociation et du dialogue politique.

Elle exige humilité, hauteur de vue et ouverture d’esprit, sens de l’intérêt national. Elle exige de la patience; mais elle est durable si la sincérité et la bonne foi animent les différents acteurs. En l’occurrence, la solution politique de sortie de crise permettra de restaurer la confiance mutuelle, d’assurer la décrispation de l’environnement sociopolitique et de créer les conditions de la paix, de la sécurité, de la réconciliation nationale et de la stabilité politique.

La solution politique de sortie de crise adressera les questions suivantes liées à :

  L’ordre public et la sécurité des personnes et des biens ;

  Au désarmement, au retour des militaires dans les casernes, au  rapatriement des mercenaires, etc. ;

  La sécurité physique, juridique et professionnelle des membres des « Forces de Sécurité et de Défense (FDS) » loyalistes ;

L’adoption d’une solution négociée, dans la dynamique de la réconciliation nationale pour mettre fin aux mouvements armés à Yopougon et à Abobo ;

La réinstallation des déplacés et le retour des exilés ;

Le rétablissement des médias d’Etat et le traitement équitable des différents courants d’opinion ;

La restauration des acquis démocratiques ;

L’adoption d’une loi d’amnistie pour fermer la grande parenthèse et la crise sociopolitique en Côte d’Ivoire et pour poser les jalons de la réconciliation nationale ;

– La libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques.

CONCLUSION :

Terre d’espérance, la Côte d’Ivoire est à genoux, mais elle ne s’est pas encore écroulée. Elle peut et elle doit se relever avec l’engagement de tous ses fils et de toutes ses filles. C’est pourquoi il est impérieux que s’engage ici et maintenant, le dialogue politique et des négociations avec les forces politiques et sociales pour fonder un consensus national pour un nouveau contrat social ; un contrat pour la restauration et pour la réconciliation nationale.

Fait à Abidjan le 21 avril 2011

Pascal Affi N’guessan

 

 

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A l’initiative du régime Ouattara, Un curieux film en tournage au siège du FPI de Yopougon

juillet 30, 2013 1 commentaire

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Dans la matinée d’hier lundi 28 juillet 2013, des informations concordantes ont avisé la rédaction de Notre Voie de la présence d’hommes et de femmes équipés d’appareils cinématographiques entrain de tourner un film dans les locaux du siège de la Fédération du Front populaire ivoirien d’Abidjan Banco. L’information intrigue en ce sens que ce siège est occupé depuis la dernière crise postélectorale par les forces pro-Ouattara connues sous l’appellation de Frci. C’est d’ailleurs cela qui a suscite notre curiosité à nous rendre sur les lieux, à de Yopougon-Wassakara, non loin de l’espace Ficgayo pour voir de plus près ce qui est en train de s’y dérouler.

Et quand nous y arrivons, nous trouvons effectivement une équipe à la tâche avec des cameras et tout ce qui concourt à la réalisation d’un film. Le passage des personnes dans le périmètre est strictement suivi par des gendarmes. Certainement pour éviter que les badauds ne gênent le tournage en faisant du bruit. « Un film intitulé « Run » qui signifie courir en anglais est en cours de réalisation dans les locaux du siège du Front populaire ivoirien à Yopougon Wassakara. Ce film va relater la récente histoire de la Côte d’Ivoire.

L’équipe qui réalise ce film va rester 3 jours dans les locaux du siège du FPI. Ce film qui est un long métrage va être présenté en France, en Côte d’Ivoire et un peu partout dans le monde», explique Claire Gadea qui fait partie de l’équipe de tournage. Elle confie par ailleurs que ce film est financé par la France à l’initiative du ministère ivoirien de la Culture qui décrète la prochaine année, année du cinéma.

«Est-ce que les responsables du FPI ont été informés avant d’occuper les locaux qui servent de siège à leur parti ? Est-ce que l’équipe, après son passage à Yopougon, se rendra aussi à Abobo où le Commando invisible a longtemps semé la terreur au sein de la population civile pro-Gbagbo? ». Claire Gadea ne répondra pas à toutes nos questions. Arguant que le journaliste ne doit pas se substituer au politique ( ?). Elle s’est néanmoins montrée disponible pour dire que l’équipe a reçu une autorisation du ministre de l’Intérieur et elle a tenté de justifier le film. Mais elle nous donnera rendez-vous pour le samedi prochain afin de nous faire rencontrer Philippe Lacote, premier responsable de la réalisation du film sur l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.

En revanche, le secrétaire général de la fédération FPI de Yopougon joint au téléphone a dit toute sa surprise d’apprendre qu’un film est en cours de réalisation au siège de son parti. « Nous ne sommes pas informés », a-t’il laissé entendre Zaba Zadi.

Benjamin Koré in Notre Voie du 30 juillet 2013

Steve Beko (exilé pro Gbagbo) : « nous attendons le jour où Ouattara, Soro et les seigneurs de guerre répondront de leur actes »

juillet 26, 2013 8 commentaires

Jeune ivoirien exilé depuis la prise du pouvoir d’Alassane Ouattara, Fabrice Lago alias Steve Beko a décidé de mener le combat pour le triomphe de la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire à travers la toile. Dans l’interview qui suit, il explique ses choix et ses espoirs pour la Côte d’Ivoire.

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Notre voie : Pourquoi avoir choisi comme pseudonyme Steve Beko ?

Steve Beko :Je tenais avant tout propos à vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de parler du travail de millions d’anonymes sur les réseaux sociaux et les blogs afin de faire triompher la vérité sur les événements récents dans notre pays.

Pour en revenir à votre question, disons que ce nom s’est imposé à moi quand il s’est agi de choisir un pseudonyme compte tenu du parcours de Steve Bantu Biko qui comme moi a été un militant syndical estudiantin avant de s’engager dans le combat pour la dignité du peuple noir en Afrique du Sud. C’est donc pour lui rendre hommage – car l’on parle très peu de lui – mais aussi et surtout afin de m’identifier à un leader qui à mon sens a mené le bon combat sans jamais se renier.

NV : Vous êtes aujourd’hui devenu une star de la toile, comment êtes vous parvenu à vous imposer ?

SB : Star ? C’est un peu trop dire ! L’on peut cependant affirmer que je fais partie de ces jeunes ivoiriens qui ont acquis une certaine crédibilité sur  les réseaux sociaux par la fiabilité des informations qu’ils donnent et la qualité des analyses produites. Nous sommes aujourd’hui dans un monde où l’information circule à la vitesse de la lumière alors il faut à la fois pouvoir être réactif et pertinent et je ne pense pas que je serai arrivé à le faire sans compter sur toute l’équipe qui travaille bénévolement avec moi et bien sur tous les autres activistes comme Claudus Kouadio, Wazi Guipié, Chris Erin, Alain Doh Bi pour ne citer que quelques uns.

NV : Votre livre qui retrace votre parcours de cyber activiste a largement contribué à vous faire connaître davantage. Comment un jeune exilé sans moyen a priori a-t-il pu se faire éditer ?

SB : En général, l’on n’a pas besoin de payer pour se faire éditer et c’est ce qui s’est passé dans mon cas. J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons d’édition qui étaient toutes d’accord pour me proposer un contrat car aujourd’hui, tout ce qui touche au président Gbagbo suscite la curiosité dans le monde. Les gens s’intéressent de plus en plus à son combat. Ils veulent comprendre ce qui se joue dans cette partie de l’Afrique et qui mobilise pratiquement chaque mois des milliers d’Africains non seulement à La Haye mais aussi dans toutes les capitales européennes. J’ai en définitive choisi de sortir le livre chez  l’Harmattan qui est une maison assez crédible et par la grâce de Dieu, les choses se passent comme je le souhaitais.

NV : Comment se porte le livre sur le marché ?

SB : Ma maison d’édition ne m’a pas encore communiqué les chiffres de vente mais je suis déjà satisfait par l’accueil populaire qui a été réservé à ce livre. De partout dans le monde, des ivoiriens en particulier et africains en général me contactent pour savoir comment se le procurer. Afin de le rapprocher des nôtres, ce sont des camarades de lutte tels que Patty Patricia, Patricia Kplé en France, Delphine Allah Bah au canada, Gigi au USA, Ky Cho en Côte d’Ivoire, etc. qui ont accepté de le revendre bénévolement et je profite de votre interview pour leur dire infiniment merci. Nous avons même réussi grâce au buzz crée autour à intéresser des journalistes Espagnols, Canadiens, Américains, Italiens qui nous ont consacré des encarts dans leurs différents organes. Ma plus grande satisfaction cependant, est de savoir que le président Gbagbo a pu lire le livre. C’est une immense fierté qui m’anime depuis que j’ai appris cette nouvelle.

NV : Pour nos lecteurs qui n’ont pas lu le livre, depuis quand êtes vous présent sur les réseaux sociaux et comment y êtes-vous arrivé ?

SB : J’y étais déjà présent comme beaucoup de jeunes africains qui s’intéressent aux NTIC mais l’histoire de « Steve Beko » remonte à février 2011. Dès l’avènement  des signes précurseurs de la crise post-électorale, j’ai compris que la communication sera notre principal allié. Elle avait été le talon d’Achille du régime Gbagbo depuis 2002. Si au niveau national, la popularité du régime n’avait pas d’égal, au niveau international en revanche, nous avons perdu la bataille de l’opinion. Il nous fallait donc occuper l’espace médiatique. À défaut d’avoir accès aux médias internationaux pour donner notre point de vue étant donné qu’ils étaient tous acquis à la cause de notre adversaire, je proposais à des amis que nous utilisions les réseaux sociaux, blogs et autres. J’ai donc crée sur le réseau social facebook, le profil « Steve Beko » et un groupe dénommé « Réflexions et actions concrètes pour la Côte d’Ivoire ». L’objectif étant d’amplifier toutes les sorties du président Gbagbo, de présenter les vidéos des différentes manifestations que nous organisions dans la lutte pour l’éclatement de la vérité. Sur la toile, cela eu un véritable succès car les Ivoiriens et même les africains de partout dans le monde avaient soif d’entendre un autre discours cette fois plus proche de la vérité.

NV : Pourquoi avoir choisi de défendre la cause Gbagbo alors ? Est-ce par sympathie pour l’homme ? Par conviction idéologique ou par simple effet de mode ?

SB : Il serait prétentieux pour moi de dire que j’ai choisi la cause Gbagbo mais plutôt que c’est elle qui s’est imposée à moi depuis l’enfance. J’ai été initié à la politique par mon oncle Lago Guillaume qui est très engagé pour le Fpi à Lakota et c’est lui qui me « trimballait » dans toutes les manifestations depuis l’opposition. À chaque fois que feu le ministre Boga Doudou et les autres cadres du Fpi se réunissaient pour des réunions dans cette ville, je faisais le petit coursier, courant à gauche et à droite pour ramener de l’eau, des cigarettes, des mouchoirs etc. Par la suite, quand je suis entré au lycée, je me suis engagé à la Fesci qui a aiguisé mon sens politique et mon ardeur militante. J’ai donc grandi dans une atmosphère militante. Je me rappelle encore comment nous « luttions » pour lire La Voie, Le Nouvel Horizon, L’œil du Peuple et tous les journaux de l’opposition qui dénonçaient les dérives du pouvoir Pdci. De surcroît, quand on a milité dans une structure syndicale de gauche, pour être logique envers soi-même, on ne peut qu’adhérer aux idéaux du président Gbagbo qui symbolise la lutte pour la démocratie et le respect des libertés individuelles et collectives dans notre pays.

 
NV : Que faites-vous dans la vie en dehors du cyber activisme ?  

SB : Je me suis depuis mon départ du pays, exclusivement consacré à la lutte pour l’éclatement de la vérité sur les élections présidentielles ivoiriennes de novembre 2010 mais je compte reprendre bientôt mes études que j’ai abandonnées depuis mon départ du pays afin de terminer le doctorat en Lettres modernes.

NV : J’imagine que cela vous prend énormément de temps et aussi d’argent puisqu’il quand même avoir l’équipement, comment vous arrangez-vous ?

SB : La cause que nous défendons fait partie de celles qui méritent que nous leur consacrions toute une vie alors disons que j’ai assez de temps. En revanche,  l’on n’a pas besoin d’argent, il suffit d’avoir l’équipement adéquat comme vous l’avez souligné. A cet effet donc, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour nous aider à améliorer notre efficacité.

 
NV : Certains disent que vous vous battez pour une cause perdue parce que selon eux, Gbagbo ne sera pas libéré. Est-ce qu’il ne vous arrive pas de douter de l’aboutissement de votre combat ?

 
SB : À ceux qui ont la certitude implacable et inébranlable de ce que des milliers d’Ivoiriens, comme moi, se battent pour une cause perdue, j’aimerai leur dire que j’ai lu quelque part qu’ « il n’y a que les causes perdues qui méritent que l’on les défende, que ce sont les questions sans réponse qu’il est nécessaire de poser. » En ce qui concerne le doute sur l’aboutissement de mon combat, il y’a une citation de Jens Peter Jacobsen que j’affectionne particulièrement qui dit que  » dans le doute, nul ne désespère. » Alors oui il m’arrive de douter car je ne suis qu’un homme, mais de désespérer, ça jamais!! 

NV : Est-ce que vous connaissez personnellement ceux qui mènent avec vous le combat pour la libération de Laurent Gbagbo et des autres prisonniers ?

SB : Je ne les connais pas tous personnellement mais j’ai pu en rencontrer certains et le courant est tout de suite passé car nous avons en commun de fortes convictions. Les Ntic ont cet avantage de briser les distances car les ivoiriens, il y en partout dans le monde alors sans nous voir physiquement, nous sommes proches comme si nous habitions le même toit.

NV : Votre travail sur la toile est-il coordonné ?


SB
 : Oui bien sur car comme je l’ai dit, avec les autres camarades, nous parlons tout le temps pour savoir ce qu’il faut faire, les cibles à atteindre, la méthodologie à employer. Il n’y a pas si longtemps que nous avons lancé une campagne pour inciter tout le monde à aller sur twitter qui est un puissant outil d’information et  nous sommes satisfaits du résultat. C’est une interaction constante et permanente

NV : Je sais qu’il existe un certain nombre de groupe, quel est celui auquel vous appartenez ?

SB : Je me défini comme un soldat pacifique au service d’une cause alors je suis partout où il s’agit de défendre la cause du président Gbagbo et de notre pays livré à une horde de barbares analphabètes

NV : Si au bout du compte les charges contre Laurent Gbagbo étaient confirmées, alliez-vous tout de même continuer la lutte sur la toile ?

SB : Je tiens tout d’abord à dire que notre combat se limite pas à la confirmation des charges ou l’infirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo donc si les charges étaient confirmées, l’on entamerait une autre étape dans le combat noble dans lequel nous sommes engagés, avec davantage de détermination et davantage de courage!

Mais quel observateur objectif peut dire encore que c’est le procès du président Gbagbo qui se déroule actuellement à La Haye ? Tous les spécialistes de la question sont unanimes pour reconnaitre que ce procès est devenu celui de la Cpi elle-même. Soit elle confirme les charges et perd le peu de crédit qui lui reste encore aux yeux des africains et des combattants de la liberté de par le monde, soit elle libère purement et simplement le leader ivoirien pour engager le débat sur la survie de cette cour.

Notre principal objectif sur la toile est de faire éclater la vérité sur la Côte d’Ivoire face aux mensonges déversés depuis une dizaine d’années et à ce jour nous sommes dans la bonne direction alors nous maintiendrons le cap.

NV : Il y a ceux qui estiment que le Fpi doit accepter de collaborer avec le régime Ouattara pour amener celui-ci à réviser sa position vis-à-vis des pro-Gbagbo et ceux qui pensent que ce serait une grave erreur. Dans lequel des camps vous rangez-vous ?

 SB : Je ne sais pas ce que ces personnes entendent par ‘’collaborer’’. Est-ce rentrer au gouvernement pour participer à la curée populaire ? Dans une démocratie, le rôle de l’opposition est de critiquer le pouvoir en place et non de diriger avec lui alors tout ce que le Fpi exige est que l’on lui permette d’exprimer publiquement et librement ses opinions sur la vie de notre nation. Il faut libérer tous les prisonniers politiques y compris le président Gbagbo afin que le vrai débat autour de la réconciliation s’engage. C’est pourquoi je tiens à féliciter la direction intérimaire du Fpi qui jusqu’à ce jour a adopté la digne attitude qui répond aux aspirations des ivoiriens.

NV : Ouattara a récemment félicité Guillaume Soro pour le combat qu’il a mené. Quel commentaire ?

SB : Aucun commentaire particulier…Cela confirme plutôt ce que les ivoiriens ont clamé sur tous les toits depuis 2002 à savoir que Dramane Ouattara est le vrai parrain de la rébellion qui a divisé notre pays. Nous attendons patiemment ce jour où Guillaume Soro et les seigneurs de guerre qui ont semé terreur et désolation dans notre Pays avec l’aval d’Alassane Ouattara et de la France de Sarkozy, répondront de leurs actes devant la justice nationale ou internationale.

 
NV : Croyez-vous que la Côte d’Ivoire est sur le chemin de la réconciliation ou le contraire ?

SB : En l’état actuel des choses force est de reconnaitre  que la Côte d’Ivoire ne prend pas le chemin de la réconciliation. Aucun signe précurseur de cette « réconciliation » n’est visible. Ce terme perd son sens et son essence lorsqu’il est prononcé par le pouvoir dictatorial de Ouattara. Comment parler de réconciliation lorsque nous avons des milliers d’ivoiriens en exil ou en prison, que les avoirs de centaines d’Ivoiriens sont gelés les contraignant à la mendicité, avec qui parler de réconciliation lorsque l’on enferme tous ses interlocuteurs potentiels ? Le régime Ouattara ne veut pas d’un climat politique apaisé dans notre pays car il ne prospère que dans la terreur.

NV : Ouattara avait demandé 5 ans pour transformer la Côte d’Ivoire, maintenant il en veut 10. Qu’en pensez-vous ?

SB : Ce n’est qu’une infime promesse parmi toutes celles qu’il n’a pas respectées… Un désaveu notoire et criard. Après tout, a-t-il respecté une seule promesse issue de son programme politique ? La seule promesse qu’il a respectée est celle de déstabiliser notre Pays!  Sinon les ivoiriens attendent toujours les 5 universités, la suppression des frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, l’assurance maladie universelle à 1000 FCFA/tête, les 600 milliards aux jeunes ainsi que le million d’emploi par an etc.

NV : Pour vous, quelques sont les perspectives pour la Côte d’Ivoire ?

SB : Toute perspective quelle qu’elle soit, passe par la chute du régime dictatorial et sanguinaire du pouvoir Ouattara par les voies démocratiques, la restauration des institutions de la République gravement bafouées, mais surtout la libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques ainsi que le retour au Pays des exilés et réfugiés… 

NV : Selon vous, y a-t-il espoir pour que Laurent Gbagbo revienne parmi nous ?

SB : Je dois dire que nous restons prudents et nous observons les événements s’y afférant avec beaucoup d’intérêt… La dernière décision de la CPI qui affirme en substance que les preuves contre le Président Laurent Gbagbo sont insuffisantes nourrit davantage notre espoir… L’espoir c’est ce qui nous anime, ce qui nous tient toujours debout, pour aller jusqu’au bout justement… Donc de l’espoir, nous en avons à revendre!  Mais ce n’est pas non plus un espoir naïf, nous sommes conscients que la vérité finira par éclater face à la détermination du peuple ivoirien.

NV : Vous arrive-t-il parfois de croire que vous êtes devenu une star ?

 SB : Star? Dans la situation désastreuse et déplorable dans laquelle se trouve mon Pays, ce terme n’a pas sa place. Je ne nie aucunement que j’ai acquis une certaine notoriété certes, mais cela ne fait pas de moi une star. Je suis devenu un homme mature, plus déterminé, conscient de son devoir vis-à-vis de son pays. Voilà ce que je suis désormais…


NV : Qu’est-ce que la toile a changé dans votre vie ?

SB : Ce n’est pas la toile mais la crise dans mon pays qui a changé ma vie. J’ai du interrompre mes études, quitter familles et amis pour emprunter le douloureux chemin de l’exil. J’ai du renoncer à tout ce qui en général requiert l’attention des jeunes de ma génération. Mon rythme de vie est bercé désormais par l’actualité et les évènements relatifs à notre Pays qui ont pris une place primordiale dans ma vie. Je suis comme un soldat au bénéfice de l’éclatement de la Vérité. Avec les seules armes que je possède : mon ordinateur, ma capacité d’analyse, mes écrits, mon sens de la repartie… 

Interview réalisée par Augustin Kuyo pour Notre Voie

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