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« Nous sommes infrangibles »

août 30, 2013 3 commentaires

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Notre histoire ne marche pas avec une canne, elle n’a aucun poil blanc, elle est encore fraîche. Elle respire la jeunesse. Cependant, elle est l’habitacle de mille années de maltraitance et de persécution. Nous n’avons que 23 ans. 23 ans ai-je dis. Notre malheur est d’avoir été précoce car du fond de notre mère, nous fûmes interpellés par l’ardent désir de notre peuple à respirer un vent nouveau. Nous avions le choix entre voir ce peuple vivre dans la servitude et lui offrir un brin de liberté. La bonne décision fut prise : libérer notre peuple. Mais la liberté a un prix surtout dans un régime dictatorial. Vous savez, le dictateur est avant tout attaché à ses privilèges et au sentiment qu’il est Dieu sur terre. L’affronter n’est rien d’autre que faire l’apologie de Golgotha. Et notre histoire fut ensanglantée un jour de Février 1992. Nous n’avions que 2 ans. 2 ans ai-je dit. Le Primus inter pares, vit dans nos innocentes et généreuses mains, des haches, des gourdins, des pointes etc. Dans ces mains qui ne voulaient qu’apporter justice, liberté, démocratie à un peuple longtemps embrigadé dans les fers du « père de la nation, père fondateur », ce Primus surprit des actes délictuels. Et ce qui devait arriver, arriva. Notre histoire prit le chemin des geôles. Il était simplement question de nous « briser » et partant, « briser » le beau rêve du peuple. Fort heureusement que ce qui ne nous tue pas, nous rend fort. Depuis les geôles, nos forces prirent l’ascenseur et un matin, nous recouvrîmes la liberté. Ce fut la joie dans nos rangs, les larmes dans les couloirs des dictateurs. Les plus méchants découvrirent qu’ils n’avaient pas immolé assez de bœufs pour nous voir mourir. Mais ils oublièrent que nous, fils du peuple, nous sommes infrangibles.

Les dictateurs se remirent à l’œuvre. Il n’était point question de nous voir exercer la parcelle de pouvoir à nous offerte par le peuple. Au prix de mille sacrifices. Non, pas question. Il fallait qu’ils se retrouvent au sommet. Ils prirent le pouvoir, ils le déposèrent « dans la rue ». Ils coururent dans tous les sens pour le récupérer. Après de vaines tentatives, ils brandirent l’intelligente idée d’amonceler des humains derrière une prison. Mais que Dieu est merveilleux. Certains de ces « martyrs » avaient de l’eau dans les poumons. Vraisemblablement, ils s’étaient noyés dans un désert dépourvu d’eau. Mais tout ce songe était fait pour nous « briser ». Ils nous en voulaient parce qu’ils pensent être nés pour être au sommet. Le jour vint où, las de vivre de rêves, les dictateurs prirent des armes pour nous « briser ». Au jeu démocratique, ils n’ont aucune chance comme ils le savent bien. Ils manièrent les armes dans tous les sens. Des femmes, des enfants, des vieillards qui n’avaient aucun rapport avec le pouvoir firent exécutés. Des éléments des forces de l’ordre furent égorgés comme des moutons de sacrifice. Le sang gicla dans la bouche de certains tueurs. Des maisons, des plantations furent consumées. D’autres furent illicitement occupées. Il fallait nous « briser » par tous les moyens. Nous n’étions que des mineurs. Nous n’avions que 12 ans. Malgré ce frêle âge, ils refusèrent les débats d’idées, ils s’invitèrent sur le terrain de la manipulation de la violence physique. Tout cela, se fit en complicité avec la séduisante complicité des pays dits «défenseurs des droits humains ». Lorsqu’un jour d’Avril 2011, ils réussirent leur rébellion armée, ils pétèrent le champagne depuis leur principauté. On les voyait s’embrasser, s’entremêler, s’entrelacer. Le doyen d’âge dont on chante les penchants démocratiques et qui refuse de céder son fauteuil malgré son vieil âge, souleva en trophée, les bras de ses amis. De leur citadelle on les entendait bruire comme des ustensiles usagés : « Nous sommes forts. Ils sont finis. Nous les avons cassés…» Les pauvres ! Ils ne savent pas que nous sommes infrangibles. Leur mode d’accession au pouvoir aurait pu les aider à le comprendre.

Ils se saisirent de notre leader, le mirent dans un cachot, lui infligèrent des maltraitances inimaginables. Ils voulaient le « briser» avant, certainement, de le tuer. Mais il est un roseau. Ils se résolurent avec leurs alliés les gaulois, de l’éloigner de ses terres. Ils le déposèrent dans les geôles occidentales faites pour les nègres qui résistent aux impérialistes. Ils prirent également certains d’entre nous, les déportèrent dans leur ghetto tribal pour aussi les « briser ». Ils obligèrent un autre groupe à prendre le chemin de l’exil. Là-bas, sans doute, livrés à la disette, ils s’éteindront tranquillement. Ceux d’entre nous qui ne connurent ni les geôles, ni l’exil, connurent la terreur des bandes armées. Un fois ce programme savamment exécuté, ils pouvaient régner comme tout bon autocrate. Se hisser sur la tête du peuple, étendre ses ailes, se bomber le torse, balader ses regards dans tous les sens et s’abattre brutalement sur la fine voix qui osera rouspéter. C’est ainsi que règne le dictateur dont le seul rêve est de « briser » les voix dissonantes. Quel âge avions-nous ? Nous n’avions que 21 ans. Nouvellement majeur. Notre vie de forçat nous permit de faire une introspection, de puiser au tréfonds de nos intelligences, la substance qui devait nous permettre de tenir de coup. Nous nous sommes inventés et réinventés. Comme en 1992, ce qui pénétra en nous, ne nous tua pas. Il nous rendit forts. Et lentement, nos énergies se sont soudées et nous revoilà debout. Ah oui, nous sommes infrangibles. Plus forts qu’hier, nous voilà aujourd’hui en face de nos geôliers. Ils nous regardent avec des yeux hésitants drapés de honte. Ils regrettent de n’avoir pas réussi à nous expédier de l’autre côté. Mais le peuple, lui, se rejoint de revoir son bouclier. Un bouclier certes amputé de certains éléments, mais qui protège comme s’il n’avait jamais perdu des constituants. Voici notre jeune histoire passionnante et exaltante, soumise aux sarcasmes des dictateurs qui tardent à se rendre compte que nous sommes infrangibles.

 

A tantôt

 

Les pamphlets d’Alain Bouikalo

URGENT URGENT  »JE RECHERCHE ACTIVEMENT KATINAN KONE »

ImageJE RECHERCHE ACTIVEMENT KATINAN


Katinan est au Cameroun et activement recherché par les autorités de ce pays où il circule avec plusieurs identités. Quoi ? Qui a annoncé son arrestation et sa prochaine extradition vers le pays ? Ah mon petit qui aime danser les musiques congolaises là ? Laissez le, depuis qu’il a mis la main sur Lida, le succès lui monte à la tète. Mais ce qu’il a dit n’est pas totalement faux puisque bientôt, je dis bien très bientôt Katinan sera parmi nous.


Qu’est ce que je lui reproche ? Mais vous ne vivez pas en CI ou bien ? Il a braqué les agences de la BCEAO et est sorti avec des milliards du pays et en plus, il se permet de porter la parole de Gbagbo. En tout cas, en tant que tout nouveau chef de la CEDEAO, il doit ramener l’argent qu’il a volé. Quoi ? Wattao et Shérif Ousmane ? Ils ont fait quoi ? Ah oui leur petit braquage de Bouaké là ? Quoi ? Il y a eu aussi Korhogo et Man ? Oui je sais mais c’était pour les besoins de la lutte contre le régime dictatorial de Gbagbo donc c’est un acte d’utilité publique. Mais l’argent volé par Katinan a servi à payer les miliciens pro Gbagbo. Soit dit en passant, ces deux là savent que je vais les envoyer à la CPI. Reste à savoir si leur chef va les accompagner ou pas mais en vérité, mon ami, il est mieux qu’il parte là-bas. Lui-même c’est un petit de Gbagbo qui m’a fatigué quand j’étais premier ministre. Il croit peut-être que j’ai oublié ? J’ai la rancune tenace hein.


Les grands travaux ? Ah oui le pays est en chantier hein. Promènes-toi un peu partout et tu le constateras par toi-même. Nous serons une nation émergeante à l’horizon 2020 grâce à mon génie dans la gestion. Il y a juste un pont que j’hésite à réaliser car dans l’euphorie, je lui ai donné le nom de l’autre là mais je regrette. Moi-même rien ne porte encore mon nom et lui aura un aussi joli pont ? Franchement c’est ma plus grosse erreur depuis mon coup d’état, heu pardon depuis mon élection. Il me faut trouver une solution. Même mon grand chef toubab était fâché car il voulait son nom sur ce pont. Imagines-toi que même le tueur de Thomas Sankara voulait aussi que cette œuvre porte son nom. Mais et moi-même, et ils mettent le nom de Domi où? Si nous sommes là, c’est bien parce qu’elle a mis son carnet d’adresse à notre disposition. Je l’ai fait décorer mais c’est petit par rapport à tout ce qu’elle a fait. Je vais attendre que cet ivrogne meurt – ca ne devrait plus tarder – et je vais revoir cette histoire de nom pour le pont.
Qui ? Mais pourquoi tu veux savoir ce qu’il devient ? Il est la où il doit être. Il a du mal à faire du business en silence ce gars. Je t’envoie au Mali où on doit faire des affaires avec les mutins malheureusement comme il est brouillon, l’autre finit par le savoir. Sinon on était bien parti pour s’en mettre plein les poches mais il a fait capoter cette belle opportunité. J’ai été contraint de me séparer de lui mais ne t’en fais pas, il va continuer de travailler dans l’ombre. Il a du flair ce Bic. Sinon comment tu crois qu’il a pu gérer cette histoire de cacao toutes ces années ?


Attends, tu m’as appelé comment ? Tu n’as pas lu la dernière décision du CNP ? Tu te prends pour qui au juste ? Si tu m’appelles ainsi encore, je mets fin à l’entretien ! D’ailleurs même c’est fini, vas t’en. Raphael me fait un joli cadeau et toi tu oses venir le contredire ainsi.
Il se lève pour quitter la pièce mais quelque chose tombe de sa veste. J’ai toujours cru que c’était un gilet par balle qu’il portait mais je ne pense pas qu’un gilet fonctionne avec des piles électriques. Peu de temps après j’aperçois des hommes courant vers le bureau où il est rentré. Je me lève et je quitte discrètement les lieux. Je ne veux pas connaitre les sous sol de la DST.