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Archive for août 2013

« Nous sommes infrangibles »

août 30, 2013 3 commentaires

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Notre histoire ne marche pas avec une canne, elle n’a aucun poil blanc, elle est encore fraîche. Elle respire la jeunesse. Cependant, elle est l’habitacle de mille années de maltraitance et de persécution. Nous n’avons que 23 ans. 23 ans ai-je dis. Notre malheur est d’avoir été précoce car du fond de notre mère, nous fûmes interpellés par l’ardent désir de notre peuple à respirer un vent nouveau. Nous avions le choix entre voir ce peuple vivre dans la servitude et lui offrir un brin de liberté. La bonne décision fut prise : libérer notre peuple. Mais la liberté a un prix surtout dans un régime dictatorial. Vous savez, le dictateur est avant tout attaché à ses privilèges et au sentiment qu’il est Dieu sur terre. L’affronter n’est rien d’autre que faire l’apologie de Golgotha. Et notre histoire fut ensanglantée un jour de Février 1992. Nous n’avions que 2 ans. 2 ans ai-je dit. Le Primus inter pares, vit dans nos innocentes et généreuses mains, des haches, des gourdins, des pointes etc. Dans ces mains qui ne voulaient qu’apporter justice, liberté, démocratie à un peuple longtemps embrigadé dans les fers du « père de la nation, père fondateur », ce Primus surprit des actes délictuels. Et ce qui devait arriver, arriva. Notre histoire prit le chemin des geôles. Il était simplement question de nous « briser » et partant, « briser » le beau rêve du peuple. Fort heureusement que ce qui ne nous tue pas, nous rend fort. Depuis les geôles, nos forces prirent l’ascenseur et un matin, nous recouvrîmes la liberté. Ce fut la joie dans nos rangs, les larmes dans les couloirs des dictateurs. Les plus méchants découvrirent qu’ils n’avaient pas immolé assez de bœufs pour nous voir mourir. Mais ils oublièrent que nous, fils du peuple, nous sommes infrangibles.

Les dictateurs se remirent à l’œuvre. Il n’était point question de nous voir exercer la parcelle de pouvoir à nous offerte par le peuple. Au prix de mille sacrifices. Non, pas question. Il fallait qu’ils se retrouvent au sommet. Ils prirent le pouvoir, ils le déposèrent « dans la rue ». Ils coururent dans tous les sens pour le récupérer. Après de vaines tentatives, ils brandirent l’intelligente idée d’amonceler des humains derrière une prison. Mais que Dieu est merveilleux. Certains de ces « martyrs » avaient de l’eau dans les poumons. Vraisemblablement, ils s’étaient noyés dans un désert dépourvu d’eau. Mais tout ce songe était fait pour nous « briser ». Ils nous en voulaient parce qu’ils pensent être nés pour être au sommet. Le jour vint où, las de vivre de rêves, les dictateurs prirent des armes pour nous « briser ». Au jeu démocratique, ils n’ont aucune chance comme ils le savent bien. Ils manièrent les armes dans tous les sens. Des femmes, des enfants, des vieillards qui n’avaient aucun rapport avec le pouvoir firent exécutés. Des éléments des forces de l’ordre furent égorgés comme des moutons de sacrifice. Le sang gicla dans la bouche de certains tueurs. Des maisons, des plantations furent consumées. D’autres furent illicitement occupées. Il fallait nous « briser » par tous les moyens. Nous n’étions que des mineurs. Nous n’avions que 12 ans. Malgré ce frêle âge, ils refusèrent les débats d’idées, ils s’invitèrent sur le terrain de la manipulation de la violence physique. Tout cela, se fit en complicité avec la séduisante complicité des pays dits «défenseurs des droits humains ». Lorsqu’un jour d’Avril 2011, ils réussirent leur rébellion armée, ils pétèrent le champagne depuis leur principauté. On les voyait s’embrasser, s’entremêler, s’entrelacer. Le doyen d’âge dont on chante les penchants démocratiques et qui refuse de céder son fauteuil malgré son vieil âge, souleva en trophée, les bras de ses amis. De leur citadelle on les entendait bruire comme des ustensiles usagés : « Nous sommes forts. Ils sont finis. Nous les avons cassés…» Les pauvres ! Ils ne savent pas que nous sommes infrangibles. Leur mode d’accession au pouvoir aurait pu les aider à le comprendre.

Ils se saisirent de notre leader, le mirent dans un cachot, lui infligèrent des maltraitances inimaginables. Ils voulaient le « briser» avant, certainement, de le tuer. Mais il est un roseau. Ils se résolurent avec leurs alliés les gaulois, de l’éloigner de ses terres. Ils le déposèrent dans les geôles occidentales faites pour les nègres qui résistent aux impérialistes. Ils prirent également certains d’entre nous, les déportèrent dans leur ghetto tribal pour aussi les « briser ». Ils obligèrent un autre groupe à prendre le chemin de l’exil. Là-bas, sans doute, livrés à la disette, ils s’éteindront tranquillement. Ceux d’entre nous qui ne connurent ni les geôles, ni l’exil, connurent la terreur des bandes armées. Un fois ce programme savamment exécuté, ils pouvaient régner comme tout bon autocrate. Se hisser sur la tête du peuple, étendre ses ailes, se bomber le torse, balader ses regards dans tous les sens et s’abattre brutalement sur la fine voix qui osera rouspéter. C’est ainsi que règne le dictateur dont le seul rêve est de « briser » les voix dissonantes. Quel âge avions-nous ? Nous n’avions que 21 ans. Nouvellement majeur. Notre vie de forçat nous permit de faire une introspection, de puiser au tréfonds de nos intelligences, la substance qui devait nous permettre de tenir de coup. Nous nous sommes inventés et réinventés. Comme en 1992, ce qui pénétra en nous, ne nous tua pas. Il nous rendit forts. Et lentement, nos énergies se sont soudées et nous revoilà debout. Ah oui, nous sommes infrangibles. Plus forts qu’hier, nous voilà aujourd’hui en face de nos geôliers. Ils nous regardent avec des yeux hésitants drapés de honte. Ils regrettent de n’avoir pas réussi à nous expédier de l’autre côté. Mais le peuple, lui, se rejoint de revoir son bouclier. Un bouclier certes amputé de certains éléments, mais qui protège comme s’il n’avait jamais perdu des constituants. Voici notre jeune histoire passionnante et exaltante, soumise aux sarcasmes des dictateurs qui tardent à se rendre compte que nous sommes infrangibles.

 

A tantôt

 

Les pamphlets d’Alain Bouikalo

LE MINISTRE HUBERT OULAYE S’INDIGNE : C’EST UNE FAUTE POLITIQUE JURIDIQUE ET MORALE

août 28, 2013 5 commentaires

COTE D’IVOIRE -ADOPTION DES LOIS OUATTARA SUR LA NATIONALITE, L’APATRIDIE  ET LE FONCIER RURAL

LE MINISTRE HUBERT OULAYE S’INDIGNE : C’EST UNE FAUTE POLITIQUE JURIDIQUE ET MORALE

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1-Le parlement ivoirien, version Alassane Ouattara, a voté le vendredi 23 août, 7 projets de lois, dont ceux sur la nationalité, le foncier rural et l’apatridie. Quels sont les sentiments qui animent le juriste que vous êtes ?

A la fois,  étonnement, incompréhension et surtout tristesse, face à des personnes sensées constituer la représentation nationale !

 Le 23 août 2013, 223 personnalités, élues dans les conditions que l’on sait, ont adopté, à la majorité et presque sans débat, au mépris des appels à la consultation nationale  lancés par les ivoiriens, sur un sujet aussi sensible, des textes dont la mise en application, selon Adama Sankara, président de l’association des ivoiriens d’origine burkinabé, va faire passer le nombre d’étrangers en Côte d’Ivoire,  à moins de 5%. Selon ce dernier 4 000 000 de burkinabés attendent d’être déclarés ivoiriens (journal le Patriote du 29 mai 2013). A ces personnes, il faudra ajouter les autres étrangers ressortissants de la sous-région, présents en Côte d’ivoire avant 1960 et leurs descendants. Le rapport de présentation du texte sur la nationalité, le gouvernement  s’est gardé de donner des chiffres pour ne pas choquer les ivoiriens, et les députés non plus ne s’en sont nullement inquiétés. La population ivoirienne était estimée en 2012 à environ 23 000 000 d’habitants selon wikipédia. Le nombre d’étrangers est généralement estimé à 26% de la population totale. Si l’on s’en tient aux déclarations d’Adama Sankara, c’est au moins 21% d’étrangers qui vont bénéficier des lois Ouattara.  Autrement dit, le gouvernement et les députés RHDP ont décidé de transformer, pas moins de 6 000 000 d’étrangers présents en Côte d’Ivoire, en ivoiriens, par voie de simple déclaration, c’est-à-dire sans enquête préalable, ou comme des apatrides, sans considérer qu’une consultation nationale des ivoiriens s’imposait, eu égard au contexte post-crise et aux enjeux nationaux en cause.

 Je ne doute pas un seul instant que ces députés ont mesuré la portée de leur acte, qui vise à constituer légalement le vivier électoral d’Alassane Ouattara. Sur ce plan ils ont réussi leur pari. Ce dont je suis moins sûr, c’est le point de savoir s’ils avaient conscience du sens exact du vote qu’ils ont exprimé ce jour-là. En décidant d’accorder la nationalité par voie de déclaration, ils ont décidé que les étrangers visés, sont des ivoiriens, qui n’ont pas besoin de demander l’acquisition d’une nationalité qui leur est reconnue de plein droit, mais seulement à réclamer au gouvernement, une attestation de leur nationalité ivoirienne. Un certificat de nationalité leur sera automatiquement délivré par une autorité administrative ou judiciaire désignée, sans enquête préalable, donc sans contrôle, dans les mêmes conditions de délivrance du certificat de nationalité aux nationaux ivoiriens. Il ne leur sera même pas demandé le sort réservé à leur nationalité d’origine, tout comme il ne sera pas tenu compte par exemple du fait que certains déclarants ont déjà  effectué le service militaire dans leur pays national. On pourrait ainsi rallonger la liste des incongruités passées en pertes et profits par nos valeureux députés. Les mêmes remarques pourraient être faites à propos des deux Conventions sur l’apatridie, dont la ratification a été autorisée, sans aucune réserve, alors qu’elles imposent à la Côte d’Ivoire des exigences qu’ailleurs les autres Etats contractants n’ont pas accepté.

Les personnes résidant en Côte d’Ivoire avant 1960 et leurs descendants, les enfants mineurs nés de parents étrangers, sur le territoire avant 1961, les personnes nées sur le territoire, de parents étrangers, entre  1960 et 1973, les immigrés de la colonisation assimilés à des apatrides, sont virtuellement considérées comme des ivoiriens, il leur suffira d’en faire la déclaration, là où nos textes exigeaient une demande de naturalisation sanctionnée par une décision accordant ou refusant la nationalité après enquête. Désormais, la décision de faire d’eux des ivoiriens n’appartient plus aux autorités ivoiriennes mais au seul bon vouloir de ces personnes elles-mêmes. Or, la loi de 1961 n’a pas retenu la déclaration pour les personnes résidant sur le territoire avant 1960, la loi de 1972  l’a supprimée pour les enfants étrangers nés en Côte d’Ivoire, l’Accord de Linas-Marcoussis ne l’a pas prescrit et les textes d’application de cet accord  (loi de 2004 et Décisions présidentielles de 2005), ne l’ont pas réintroduit !  Si cela n’est pas un bradage de la nationalité ivoirienne, qu’est-ce que c’est alors !

2- Comment jugez- vous l’attitude des députés ?

L’acte ainsi posé, qui n’est pas innocent loin s’en faut (création d’un bétail électoral), est lourd de conséquences (création spontanée d’au moins 6 000 000 d’ivoiriens). Pour moi, ces députés ont commis une faute grave. A un triple point de vue : juridique, moral et politique.

Une faute juridique. Cela a été dit et écrit  maintes fois, les personnes originaires des autres territoires de l’AOF, résidant en côte d’Ivoire avant 1960, ne sont pas des ivoiriens. D’une part, elles ont la nationalité de leurs pays d’origines conformément à leur législation, d’autre part elles n’ont pas la nationalité ivoirienne conformément aux dispositions du code de nationalité du 14 décembre 1961. Elles n’ont ni l’état ni la qualité d’ivoiriens. Par conséquent il ne leur est pas possible de « déclarer » un état « d’ivoirien » qu’elles n’ont jamais possédé ni en droit ni en fait. Elles ne peuvent prétendre qu’à la naturalisation. Or la loi votée, leur confère de plein droit la nationalité ivoirienne, alors même qu’elles ne sont pas nées sur le territoire, et continuent d’avoir la nationalité de leurs Etats d’origines, et ce,  en totale contradiction avec le code de nationalité et ses modifications successives, et avec les législations de leurs Etats nationaux.

Le ministre de la justice a soutenu pour éviter tout débat national sur les réformes controversées, qu’il n’y a pas eu de référendum en 1961, en 1972, et en 2004-2005, lors de l’adoption du code de nationalité et de ses réformes successives ! L’argument n’est pas convaincant et relève de la fuite en avant. En 1961, le législateur n’était pas appelé à voter dans une Côte d’Ivoire divisée, où se posait avec acuité la question de la nationalité. Tout particulièrement, le législateur n’était pas appelé à accorder à 6 000 000 d’étrangers, soit le quart de la population totale, la nationalité par voie de déclaration !  En 1972 il s’est agi de mettre fin à une option et à une procédure sans remettre en cause le principe de la naturalisation des étrangers. En 2004 et en 2005, il s’est agi de mettre en application un accord de paix, qui ne demandait pas de revenir sur la suppression du droit du sol et sur la procédure de la déclaration. Ce qui est différent des réformes Ouattara, qui considèrent que 6 000 000 d’étrangers ont de plein droit la nationalité ivoirienne, et les appellent à faire constater ce droit par simple déclaration.

 Cette position du ministre de la justice est d’ailleurs en contradiction avec la promesse électorale de monsieur Alassane Dramane Ouattara qui dans le préambule de son programme de gouvernement affirme : « Nous voulons associer toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens au renouveau de la Côte d’Ivoire, à la définition des principes qui la guideront dans ses grands choix. Car la démocratie exige l’intervention permanente du peuple dans le processus de prise de décision. En d’autres termes, nous ne croyons pas que le rôle du citoyen se limite au choix d’un bulletin de vote glissé dans l’urne, abandonnant de ce fait et jusqu’à la prochaine élection tous ses pouvoirs à un candidat. Il n’y a pas de délégation absolue de la souveraineté et aucun élu ne doit s’arroger le droit de confisquer la parole au peuple ».

En deux ans d’exercice du pouvoir ces belles promesses sont tombées dans les oubliettes. On voit ici le fossé qui sépare la parole et les actes du candidat. 

                                          

3- Vous avez dit aussi que c’était une faute morale et politique des députés…

Oui je pense qu’il n’est pas moralement sain de considérer, pour des raisons strictement électoralistes, que les législateurs ivoiriens ( gouvernement et parlement) ont commis une erreur en proposant aux étrangers la naturalisation en lieu et place de la nationalité ivoirienne d’origine, et d’applaudir les législateurs des autres pays africains qui ont adopté la même position dans leurs codes de nationalité.

Je pense aussi que c’est une grave faute politique, que de banaliser une question aussi sensible qui requiert incontestablement un minimum de consensus national, et de la traiter sous le seul angle d’une majorité parlementaire mécanique, dont la légitimité au demeurant est sujette à caution ( boycott et faible taux de participation électorale).

Choisir de passer en force, de ne pas tenir compte des avis des ivoiriens et même des recommandations de l’ONU, et penser que le simple vote majoritaire est  à même d’assurer à une loi le respect qui lui est dû en tant qu’expression de la volonté nationale souveraine, c’est prendre un pari incertain sur l’avenir de celle-ci et des situations qu’elle aura permis de créer. Ce qui est en cause c’est l’harmonie et la cohésion de la société ivoirienne et des individus qui la composent, tant pour aujourd’hui que pour demain. La démocratie n’est pas la dictature de la majorité sur la minorité, encore que dans le cas de la Côte d’Ivoire, la question, après la crise électorale et les différents boycotts électoraux, reste de savoir si c’est la majorité ou la minorité qui gouverne.

4- Vous affirmiez dans nos colonnes qu’il n’y a pas d’apatride en Côte d’Ivoire, du reste pas dans la proportion que tente de faire croire le pouvoir Ouattara. Pouvez-vous repréciser votre argumentaire ?

Oui, et je le répète. Les immigrés de la période coloniale résidant aujourd’hui encore dans notre pays et qui n’ont pas demandé leur naturalisation ont la qualité de nationaux de leurs pays d’origine (Mali, Guinée, Burkina Faso, Benin, Niger…). Ils ne sont donc pas des apatrides, conformément à la définition qui en est donnée par l’article premier de la Convention sur le statut des apatrides de 1954, selon laquelle, « le terme d’apatride désigne une personne qu’aucun Etat ne considère comme son ressortissant en application de sa législation ». En effet, bien que s’étant trouvés hors de leurs pays d’origines au moment des indépendances, elles ont été prises en compte par les lois de leurs pays qui à travers les codes de nationalité leur ont attribué la nationalité d’origine. Ces pays ne leur ont jamais retiré cette nationalité, qui pour ces personnes est de droit. Elles ne sont donc pas des apatrides.

 

5-Malgré tout, le projet de loi a été voté. Percevez-vous cela comme un désaveu ?

Pas du tout.L’autorisation votée de ratifier les deux conventions sur l’apatridie, n’est  nullement un désaveu mais plutôt, comme  je l’ai dit, une triple faute du gouvernement et du Parlement RHDP, pour les raisons ci-dessus développées.

6-Qu’est-ce qu’une éventuelle loi sur l’apatridie changerait pour les Ivoiriens ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer trois catégories de dispositions clés desdites conventions.

 La première catégorie de dispositions qui énumèrent les différents cas possibles d’apatridie : l’enfant né apatride sur le territoire du fait de parents eux-mêmes apatrides (art. 1,1) ; l’enfant trouvé sur le territoire de parents inconnus (art. 2) ; l’individu non né sur le territoire mais apatride (art.4).

La seconde catégorie qui prescrit aux Etats contractants d’accorder aux apatrides vivant sur leurs territoires divers droits pour leur permettre d’avoir une vie normale (protection de la loi, santé éducation, emploi, libertés associatives et d’expression…).

La troisième catégorie est résumée par l’article 32 de la Convention de 1954, qui prescrit aux Etats contractants, « de faciliter et d’accélérer la procédure de naturalisation des apatrides ».

S’il est recommandable de trouver une solution à la situation des apatrides, le problème reste celui de l’application conforme desdites Conventions, qui, par des interprétations biaisées, peuvent être détournées à des fins politiciennes. Or, lorsqu’on entend le ministre de la justice déclarer, que «  les Burkinabés, immigrés de la période coloniale, qui ont la nationalité burkinabé, sont des apatrides », les ivoiriens doivent s’attendre à vivre de profonds bouleversements  dans les temps prochains.

 

7-  Les apatrides, une fois leur cas réglé, ont-ils tous les droits que les Ivoiriens d’origine ?

Ils auront des droits substantiels leur permettant de vivre une vie normale à l’instar de tous les non nationaux en Côte d’Ivoire. Et s’ils sont naturalisés, ils deviendront des citoyens ivoiriens à part entière, avec le droit de vote.

8- A combien évaluez-vous les apatrides en Côte d’Ivoire ?

Pour le gouvernement et le HCR, il y aurait environ 1 000 000 d’apatrides d’origine burkinabé. Nous avons démontré dans notre précédente intervention que cela était faux. Si l’on s’en tient à la définition stricte de « l’apatride », il ne doit pas y avoir beaucoup d’apatrides dans notre pays. Je pense que le phénomène devrait être marginal.

 

9- Le foncier rural était aussi au centre du vote. La loi de 1998 a été amendée. Qu’est ce qui change ?

Alors qu’il avait annoncé de grands bouleversements en matière de foncier rural, c’est finalement à la prolongation du délai légal de 10 ans (article 6,2 de la loi de 1998), donné aux propriétaires fonciers pour immatriculer et mettre en valeurs leurs terres, que le pouvoir a dû se résoudre. Cependant tout le monde sait que l’intention véritable du gouvernement est, d’exproprier les propriétaires coutumiers qui n’ont pas les moyens ou l’intention de mettre en valeur leurs terres, en vue de les céder d’une part aux multinationales à l’affut de grands espaces en Afrique et d’autre part, de conférer aux  étrangers, nombreux et actifs dans le domaine agricole, des droits de propriétés sur les terres coutumières sous prétexte de mise en valeur.

Ces étrangers sont  constitués de deux groupes. Le premier groupe est  composé essentiellement de travailleurs et exploitants agricoles, parfois installés en Côte d’Ivoire depuis de nombreuses années, dont le nombre est estimé à environ 5 000 000 de personnes. Le second groupe est principalement  composé des combattants et chefs de guerre, qui ont combattu et tué des milliers d’ivoiriens pour l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara ( Duékoué, 29 mars 2011). Toutes ces personnes occupent de gré ou par la force des armes, presque tous les espaces forestiers du pays, en ayant pris soin d’en chasser préalablement les propriétaires coutumiers, notamment dans l’ouest. Les uns comme les autres en tant qu’étrangers ne peuvent devenir propriétaires des terres coutumières qu’ils exploitent ou occupent, car, la loi de 1998 réserve ce droit aux seuls nationaux ivoiriens.

En vérité, la réforme en profondeur de la loi sur le foncier annoncée par Alassane Ouattara, soi-disant,  pour respecter l’accord de Linas-Marcoussis  qui n’a rien prescrit en ce sens, a pour objectif premier, de faire sauter le verrou de la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Tactiquement, Alassane Ouattara n’a pas voulu se mettre à dos le PDCI, qui reste attaché à la loi de 1998, au moment de faire passer la réforme la plus importante de son mandat, à savoir la loi sur la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Par le vote de la  réforme du code de nationalité qui reconnait la qualité d’ivoirien de plein droit, à ces millions de personnes d’origine étrangère, Ouattara les rend éligibles à la propriété foncière en Côte d’Ivoire. Il contourne ainsi l’obstacle de la nationalité liée au foncier. Donc apparemment rien ne change pour l’instant, mais tout est à venir. 

10- Règle-t-on à travers ces amendements les sempiternels conflits fonciers ou allons-nous vers des crises plus aigües ?

En principe rien n’est réglé. Avec le temps deux problèmes sont apparus au niveau de l’application. Il y a d’une part que la procédure d’immatriculation prescrite pour établir la propriété coutumière (article 4, loi de 1998), qui  pose de sérieux problèmes pratiques liés à l’exigence de mise en valeur comme condition pour être propriétaire. Les paysans n’ont pas les moyens financiers requis. D’autre part, aux termes de la loi et du décret d’application, l’Etat a la primo-responsabilité de la délimitation des terroirs villageois condition préalable pour délimiter les parcelles et déterminer officiellement les propriétaires coutumiers (article 7, loi de 1998). Rien n’a été fait par l’Etat à ce jour, de sorte que la l’immobilisme au niveau de l’application ne peut être imputé aux propriétaires coutumiers. Force est de constater, qu’ici comme dans beaucoup d’autres domaines, Alassane Ouattara n’a pas tenu ses promesses électorales.

 Voici ce que disait le candidat Alassane Dramane Ouattara dans son programme de gouvernement:

 

«  FONCIER RURAL

Pendant les 5 ans du mandat, nous allons procéder à la délimitation des terroirs de tous les villages de Côte d’Ivoire (ils sont environ 11 000). L’État prendra intégralement à sa charge les coûts correspondants. Ensuite, nous délimiterons les parcelles, nous délivrerons les certificats fonciers et organiserons la mise en place des contrats et des baux agricoles sur la moitié du territoire rural (environ 12,5 millions d’hectares) représentant près des 3/4 des propriétaires.

Les coûts de ces opérations seront considérablement réduits du fait de la massification, sauf pour les propriétaires de petites parcelles qui bénéficieront de la gratuité intégrale.

Nous consacrerons 1 100 milliards de FCFA à la modernisation de notre agriculture ».

 

Ce que les ivoiriens attendent, à deux ans de la prochaine échéance électorale, c’est la réalisation de cette promesse et non autre chose.

 

11- On a donné 10 ans aux propriétaires terriens d’immatriculer leurs terres. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu’ils ont à nouveau un délai de 10 ans pour faire reconnaitre leurs droits de propriétaires coutumiers sur leurs terres. La procédure comme je l’ai dit, exige la délimitation des parcelles, objet de propriété, avec le concours de l’Etat et leur mise en valeur préalable.

12-Si éventuellement pour une raison ou une autre, une terre n’est pas immatriculée, que va-t-il se passer ?

Selon la loi de 1998, les terres du domaine foncier qui, au terme du délai légal de 10 ans, n’auront pas été immatriculées, seront considérées comme des terres sans maîtres et deviendront propriété de l’Etat de Côte d’Ivoire (articles 6,1 et 21 de la loi de 1998). A l’évidence, une telle perspective  sera analysée comme une expropriation indue des propriétaires coutumiers.

13-Professeur, à qui appartient la terre ? Aux ancêtres ? A l’Etat ? Ou à Dieu ?

Le soleil, la terre, l’air, l’eau, l’homme, l’univers…, sont des créations de Dieu. La terre appartient aux ancêtres qui s’y sont établis depuis des temps immémoriaux, y ont vécu avant la naissance de l’Etat, et l’ont cédé à leurs descendants. L’Etat, est le gardien de ce patrimoine dans sa consistance territoriale.

 

14-  La nationalité pour les conjoints étrangers a également été modifiée. Ne pensez-vous pas que cette modification ouvre la porte aux mariages intéressés ?

Je ne vois rien de nouveau dans la loi Ouattara, car le principe est acquis depuis les décisions présidentielles de 2005. Il n’est pas exclu que cette ouverture soit une porte d’entrée pour des fraudes éventuelles sur la nationalité.

15- Avec l’adoption de tous ces projets de loi, faut-il craindre des conséquences sur la cohésion sociale ?

Ces lois vont  injecter de manière inattendue, non pas des milliers, mais des millions d’étrangers dans le corps national ivoirien, avec les mêmes droits civils et politiques que les nationaux ivoiriens d’origine.

 Il faut craindre l’aggravation des fissures dans la cohésion nationale, surtout au regard de la démarche non consensuelle de leur adoption et du contexte de division dans lequel vivent aujourd’hui les ivoiriens. Les débats informels dans la presse, avant le vote du 23 août, montrent  bien leur désaccord  ainsi que leur refus, de ce qui n’est en réalité qu’un « bradage de la nationalité ivoirienne. 

 

16- Y a-t-il un recours pour l’Ivoirien qui n’est pas d’accord avec ces projets de loi ?

La voie d’un recours constitutionnel à partir de l’Assemblée nationale me semble improbable dans la mesure où ceux qui ont qualité pour saisir  cette institution ( le Président de l’Assemblée nationale ; les groupes parlementaires ; 1/10ème des députés) sont aussi les initiateurs desdites lois.

 Le PIT je crois, mais aussi la Convention de la Société Civile de Côte d’Ivoire (CSCI), auraient envisagé de saisir le Conseil Constitutionnel. Cette initiative est à encourager. La Constitution ne donne pas aux individus et aux associations une faculté de saisine du Conseil contre les engagements internationaux, cependant en son article 77 alinéa 2, elle permet aux associations de défense des droits de l’Homme, de déférer au Conseil constitutionnel les lois relatives aux libertés publiques. Il faut espérer que le Conseil,  dans ce débat dont l’enjeu est national, adopte une solution constructive, en considérant que libertés publiques et droits des citoyens sont des concepts imbriqués, et que le Conseil constitutionnel ne peut être le gardien de libertés publiques,  qu’une interprétation stricte des textes, expurgerait  des droits qui leurs sont consubstantiels, même si le constituant de 2000, ne les a pas formellement mentionnés. Or, à travers le débat actuel sur la nationalité,  sont aussi en cause, les droits du citoyen ivoirien.  

Mais je crois que face à des lois non consensuelles, qui mettent gravement en cause la consistance humaine et sociologique de la Nation, dans un but purement électoraliste,  le recours véritable doit être que l’action politique, qui seule permet d’exprimer le mécontentement de la société face aux dérives du pouvoir. Cette action politique pour faire reculer le pouvoir, doit être forte et portée, aussi bien par les organisations politiques que par la société civile, et exiger le retrait desdits textes.

 

 17-Pensez-vous qu’Alassane Ouattara y tirera des dividendes personnelles ?

Bien sûr. Les bénéficiaires potentiels et ils sont nombreux, lui seront reconnaissants de ce passage en force.

Bahi Gbehe François, l’instituteur qui voulait faire renaître l’école à l’ouest accusé de coup d’état.

août 23, 2013 1 commentaire

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Témoignage de Saint Claver Oula, Fils de la région et journaliste

 

« J’ai mal en parcourant ma photothèque ce matin. Je suis tombé sur cette image. Le monsieur avec la serviette verte sur l’épaule, à votre droite, c’est le directeur d’école de Zilébly, dernier village à la frontière avec le Liberia (par Blolequin). Grâce à lui, l’école a pu reprendre dans ce petit village dont toute la population a fui au Liberia suite à la crise post-électorale. Pour le peu qui restait, c’est lui, de campements en campements qui a réussi à rassembler tous les enfants sans exclusive (allogènes, autochtones) pour qu’ils bénéficient d’instruction. Grâce encore à lui, deux jeunes que vous voyez là (1 volontaire) et un autre instituteur a été muté dans le village. Lorsque j’y étais, de passage en partance pour le Liberia, pour un reportage sur les exilés, il a accepté de me recevoir. A la faveur de la dernière attaque du village de Zilébly l’an dernier, ce directeur d’école a été mis aux arrêts par le régime Ouattara qui lui reproche de savoir tout ce qui se préparait et de n’avoir pas prévenu les autorités militaires. Malgré toutes ses explications pour se disculper, il a été conduit à Abidjan et écroué à la Maison d’Arrêt et de Correction (MACA). Il y est depuis. Et selon des informations crédibles son état de santé se dégrade. Le vieux BAHI GBEHE FRANCOIS était à moins de 2ans de la retraite. 

Lors de son dernier passage à Blolequin, le ministre Hamed Bakayoko a été approché par les populations, y compris certaines autorités sous sa responsabilités pour que soit relâché ce Monsieur paisible. Hamed Bakayoko leur a fait la promesse qu’une fois à Abidjan, il s’occupera du dossier. Et depuis rien. Rien de rien, et ce directeur d’école d’un village sinistré continue de croupir en prison, les quelques écoliers que vous voyez là sur cette image sont à l’abandon. Lenouveaucourrier Lnc en a fait écho, et même repris une interview dans laquelle cet instituteur a fait cas des difficultés, notamment l’insécurité dans sa zone. Une zone qu’il aurait pu demandé à quitter comme le prescrit le code du travail de la fonction publique ivoirienne qui dit qu’en cas d’insécurité dans une zone, un fonctionnaire ne saurait accepter d’y exercer. Mais par amour pour les enfants et pour leur éviter un drame scolaire, il a pris le risque de rester dans ce village. 

J’ai séjourné deux nuits chez le vieux BAHI GBEHE FRANCOIS avant de traverser le Cavally et me rendre au Liberia. De retour du Liberia, j’y ai séjourné une nuit encore, j’ai échangé avec la poignée de populations, les allogènes burkinabé y compris, j’ai longuement échangé avec lui-même. Dans cette zone, tous les villageois s’accordent sur le fait que c’est grâce à lui l’école renaît, il n’a pas l’âme d’un putschiste. Et un putschiste ne saurait sensibiliser ses parents qui sont au Liberia avec leurs enfants, de renter avec eux afin qu’ils reprennent le chemin des classes, un putschiste ne saurait créer les conditions de reprise d’une vie normale dans un village à l’état de cimetière. Le Nouveau Courrier continue de suivre le cas du vieux BAHI GBEHE ANTOINE, mais je vous exhorte chers amis à créer un élan de solidarité autour de cet instituteur qui croupit à la MACA. Dont la (nombreuse) famille qui dépend de son maigre salaire est aujourd’hui désemparée. »

Vergès a défendu Ouattara contre Bédié. Ses courtisans crachent sur son cadavre

Ingratitude ou mauvaise foi ? Les deux, sans nul doute, dans la posture des journaux ivoiriens préposés à la propagande d’Alassane Dramane Ouattara par rapport à la mort de l’avocat français Jacques Vergès, le 15 août 2013.

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Certains n’ont pas soufflé le moindre mot de compassion. D’autres se sont jetés à bras raccourcis, la plume haineuse, sur le cadavre encore chaud de Me Jacques Vergès, dédaigneusement appelé « avocat de Gbagbo ».
Et pourtant, Jacques Vergès a été l’avocat d’Alassane Dramane Ouattara en 1999, lorsque Henri Konan Bédié, alors président de la République de Côte d’Ivoire, lui a signifié qu’il est un Burkinabé et qu’il ne peut, par conséquent, se prévaloir de la nationalité ivoirienne.

« Vergès, l’ex-avocat de Gbagbo est mort », titre Nord-Sud. Et  le quotidien de Soro Kigbafori Guillaume, chef des rebelles des Forces nouvelles, président de l’Assemblée nationale et dauphin constitutionnel d’Alassane Dramane Ouattara, écrit : « L’avocat de Klaus Barbie et récemment de Laurent Gbagbo s’est éteint hier à l’âge de 88 ans. Animal médiatique, passé maître dans l’art de la provocation, Jacques Vergès était sans doute l’un des avocats français les plus connus mais aussi les plus controversés. » (Nord-Sud, vendredi 16 août 2013, page 5). Pas un mot de la défense de Ouattara par Jacques Vergès.

La très officielle Agence ivoirienne de presse (Aip) qui, comme la Radio télévision ivoirienne (Rti), n’est plus que la voix de la pensée unique de son maître Ouattara, se déchaîne contre Jacques Vergès : « Ami des membres de l’internationale terroriste des années 70 et 80, du révolutionnaire vénézuélien Carlos, des activistes libanais Georges Ibrahim Abdallah et Anis Naccache, (…) il avait également défendu l’Irakien Saddam Hussein, le FLN algérien et des mouvances terroristes comme la bande à Bader. (…) Dernière personnalité internationale à avoir pu compter sur le soutien de « l’anticolonialiste » Vergès, le Président Laurent Gbagbo. (…) Au plus fort de la crise postélectorale, Vergès et son confrère Roland Dumas séjournent à Abidjan en décembre 2010 pour soutenir M. Gbagbo. (…) Ses clients avaient un point commun, ils faisaient en général l’unanimité contre eux en Occident. Quelques mois avant la fin du dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, il s’était porté volontaire avec Roland Dumas, pour déposer plainte pour « crimes contre l’humanité » contre le président français d’alors, Nicolas Sarkozy, dont le pays a mené les opérations de la coalition internationale en Libye. » (Agence ivoirienne de presse – Aip -, 16 août 2013). Motus et bouche cousue ! Toujours pas un traître mot sur la défense de Ouattara par Jacques Vergès, ici comme dans toutes les officines médiatiques du chef de l’Etat ivoirien.

L’objectif recherché dans leur « littérature » par les journalistes de Ouattara est d’associer l’image des clients défendus, plusieurs décennies plus tôt, par l’avocat Jacques Vergès et celle du président Laurent Gbagbo, dans le dessein de le faire apparaître, lui aussi, sous les traits d’un « criminel », d’un« terroriste », etc. La représentation de l’avocat français, « ami des membres l’internationale terroriste », est également associée, par glissement sémantique, à celle du président Gbagbo.

Et pourtant, que de dithyrambes produites par la presse « ouattaraesque » sur Jacques Vergès, en 1999, quand il défendait Alassane Dramane Ouattara contre Konan Bédié au sein d’un Collectif de conseils des barreaux d’Abidjan et de Paris !

L’arrivée de Vergès à Abidjan le mercredi 15 septembre 1999, alors que Ouattara doit être entendu le lendemain par les juges lancés à ses trousses par Konan Bédié, mobilise toute la galaxie du Rassemblement des républicains (Rdr). Un « dispositif d’accueil mis en place par les collaborateurs et proches d’ADO dont son épouse, Mme Dominique Ouattara »,  est déployé à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny pour accueillir « Me Jacques Vergès, le célèbre avocat français » ou encore « le mythique conseil juridique. » (Le Patriote, jeudi 16 septembre 1999, page 3).

Le jeudi 28 octobre 1999, Jacques Vergès et le Collectif des avocats de Ouattara organise une conférence de presse à Paris, au 112 Avenue Kleber. Méité Sindou, rédacteur en chef et envoyé spécial du quotidien Le Patriote dans la capitale française, rapporte les propos de Vergès qui s’emploie à réfuter les arguments de Bédié qui soutient qu’Alassane Dramane Ouattara ne peut prétendre à la nationalité ivoirienne « aux motifs :

– qu’il aurait fait ses études en Haute Volta aujourd’hui Burkina Faso

– que son père né en Côte d’Ivoire est enterré au Burkina Faso

– qu’avant d’être gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest au titre de la Côte d’ivoire, il avait été sur proposition du président Houphouët, nommé gouverneur au titre du Burkina Faso, la Côte d’ivoire ne pouvant occuper en même temps les postes de vice-gouverneur et celui de gouverneur alors confié à Abdoulaye Fadiga, Ivoirien. » (Le Patriote, mardi 2 novembre 1999, page 6.)

Jacques Vergès dénonce « les cercles gouvernementaux » qui accusent Alassane Dramane Ouattara « de boire du vin, de manger du porc, d’avoir épousé une femme juive et qu’un doute est émis sur sa circoncision. » (Le Patriote, idem). L’avocat français se dépense sans compter pour défendre la validité du premier certificat de nationalité ivoirienne délivré à Ouattara par le juge Zoro Epiphane Ballo, le 28 septembre 1999.

Jacques Vergès est mort. Pas un mot de reconnaissance pour honorer la mémoire de l’avocat dans les journaux du régime de terreur d’Alassane Dramane Ouattara. Pas même un brin de fleur de Ouattara lui-même ou de son épouse pour le cercueil de Jacques Vergès, à défaut d’un « dispositif d’accueil ». Hier « célèbre avocat français »« mythique conseil juridique » quand il défendait Ouattara, il n’est plus pour ses courtisans que « Vergès l’ex-avocat de Gbagbo. » L’ingratitude et la mauvaise foi jurent avec les sommets dans le clan d’Alassane Dramane Ouattara et de son parti, le Rdr.

Le devoir de reconnaissance s’est exprimé dans les rangs des partisans du président Laurent Gbagbo.« Un grand homme, à la fois héros et héraut » : tel est, par exemple, l’intitulé de l’hommage de son conseiller spécial Bernard Houdin à Jacques Vergès.  Sous le titre « Vergès, ami des peuples opprimés et des faibles », Notre voie, un quotidien proche du Front populaire ivoirien (Fpi), le parti de Laurent Gbagbo, a salué la mémoire de l’avocat. (Notre voie, samedi 17 et dimanche 18 août 2013.)

En tout état de cause, Jacques Vergès n’a certainement pas besoin de la reconnaissance de quelques journalistes courtisans du régime de Ouattara pour entrer dans le cercle des ténors disparus des barreaux. Il y est déjà. Ses prises de positions politiques pendant l’épisode postélectoral de la crise qui secoue encore la Côte d’Ivoire montrent bien que Jacques Vergès avait perçu qu’Alassane Dramane Ouattara est une marionnette de l’impérialisme international.

Par Deuxer Céi Angela. L’œil du juste

En 1998, sous le PDCI, le conseil économique et social déclarait : « Immigration en Côte d’Ivoire : le seuil du tolérable est largement dépassé »

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Rapport du Conseil économique et social (octobre 1998)

« Immigration en Côte d’Ivoire : le seuil du tolérable est largement dépassé 1 »

(extraits)

 «[…] Face à l’importance considérable et toujours grandissante du phénomène de l’immigration en Côte d’Ivoire et aux risques encourus par la population aux plans de la sécurité, de l’unité nationale et de la paix sociale, le conseil économique et social a pris l’initiative d’une réflexion sur le sujet, dans l’espoir d’attirer l’attention des autorités sur la réalité de l’immigration dans notre pays […].

Le bilan sur le phénomène de l’immigration en Côte d’Ivoire, ses causes  et ses conséquences

[…] L’immigration qui a commencé en Côte d’Ivoire pendant la période de la colonisation, s’accroît d’année en année pour engendrer aujourd’hui une population d’origine étrangère dont l’importance dépasse de très loin le seuil de tolérance acceptable pour un peuple. Une présence étrangère aussi massive ne peut manquer d’avoir des répercussions diverses sur tous les plans de la vie socioculturelle, économique et politique. […] Cette immigration galopante a transformé la structure même de la population du pays.

[…] C’est dès les années 1930, sous la colonisation que l’immigration en Côte d’Ivoire a commencé sous sa forme actuelle. C’est le pouvoir colonial qui avait créé et entretenu ces migrations  vers la Côte d’Ivoire pendant toute cette période pour une exploitation maximale des potentialités culturales et naturelles de l’ère coloniale. […] C’est ainsi que l’ex- Haute-Volta, dont les habitants paraissaient valeureux au travail aux yeux de l’administration coloniale, a été momentanément rattachée à la Côte d’Ivoire pour favoriser et accentuer le recrutement de la main d’œuvre […]. Après l’indépendance,  la Côte d’Ivoire a poursuivi son développement par la mise en place d’une politique de valorisation attractive de la main d’œuvre étrangère (libre entrée sur le territoire, revenus rémunérateurs et transférables, emplois disponibles…) et ainsi permis aux immigrants de continuer à affluer dans le pays.

[…] La politique d’ouverture, libérale, hospitalière et pacifique prônée et pratiquée par la Côte d’Ivoire du président Félix Houphouët-Boigny (fondateur du RDA) et de son digne successeur, le président Henri Konan Bédié, concrétisée par divers accords de libre circulation, de libres échanges économiques (ex: celui de la Cedeao) et l’hospitalité bien connue de l’Ivoirien, ont énormément contribué à favoriser cette immigration  […].

Les conséquences de l’immigration en Côte d’Ivoire

a) Les conséquences  sur l’équilibre démographique naturel et la vie politique:

[…] L’augmentation  accélérée de la population active, une des sources du chômage des Ivoiriens, l’accélération du phénomène de métissage culturel, source d’enrichissement mais aussi de déséquilibre socioculturel, le cas de ces étrangers de la 2 e génération représentant 42 % de la population étrangère en 1988. Cet autre phénomène connaît une telle expansion liée à la plus grande fécondité de ces femmes et couples étrangers que certaines projections estiment que la moitié du nombre des étrangers vivant en Côte d’Ivoire est née dans ce pays! Certains Ivoiriens se posent la question de savoir si ces étrangers de seconde génération, actuellement estimés à 1 500 000 personnes, ne vont pas revendiquer la nationalité ivoirienne par le fait de leur naissance en Côte d’Ivoire? Et s’ils l’obtiennent, ne vont-ils pas utiliser le libéralisme politique qui caractérise notre pays pour revendiquer des droits politiques, et notamment tenter de conquérir le pouvoir d’État au détriment des Ivoiriens de souche?

b) Les conséquences socio-économiques:

Nul n’ignore le poids économique assumé par ces immigrés. En effet, malgré leur faible niveau d’instruction en général, ils ont la mainmise sur le commerce dans ce pays, occupant ainsi la majorité des emplois du secteur informel (Libano-Syriens, Mauritaniens, Maliens). Il en résulte que les Ivoiriens de souche sont plus frappés par le chômage (6,4 %) que ces immigrés (3,6 %). […] La mainmise de ces immigrés sur les emplois dans certains secteurs d’activité nationale (commerce, transport routier, entreprises agro-industrielles, boucherie, etc.) est telle qu’ils empêchent les Ivoiriens de leur faire concurrence. Le phénomène  n’a pas échappé au président de la République qui disait récemment aux députés: «En confectionnant la loi sur la préférence nationale, nous devons nous demander si l’exercice des petits métiers comme le marchand de charbon ne devra pas être exclusivement réservé à des jeunes Ivoiriens et Ivoirien- nes patentés».

Par ailleurs, ces entreprises d’étrangers emploient très peu d’Ivoiriens, dont les salaires sont plutôt sous-évalués, et en général non déclarés à la CNPS […]. Enfin, nombreux sont ceux qui pensent que ces entreprises étrangères jouent un rôle considérable dans le phénomène de la cor- ruption en Côte d’Ivoire, au grand détriment des caisses de l’État […]. L’immigration devient de plus en plus une des causes structurelles de l’accroissement de la pauvreté des Ivoiriens […].

c) Les conséquences sur la sécurité et la paix sociale:

L’ampleur du nombre de la population des étrangers en Côte d’Ivoire risque, si ce n’est déjà le cas, de constituer un facteur d’insécurité dans le pays […].

– Les résultats du dernier recensement des populations effectué en Côte d’Ivoire en 1988 montrent clairement que ce sont les étrangers qui habitent, dans leur très grande majorité, les quartiers précaires, reconnus comme les nids des malfrats […]. Quant aux statistiques sur les infractions criminelles de 1989 […], elles ont relevé la grande implication des étrangers dans la criminalité: 69 % des vols avec effraction,  67 % des infractions sexuelles, 58 % des vols à main armée et plus de 50 % des coups et blessures sont à l’actif de malfrats étrangers.

– L’afflux d’immigrés de confession islamique (73 % des étrangers en provenance des pays frontaliers nordiques) a considérablement modifié l’équilibre religieux préexistant […]. Une telle rupture d’équilibre, dans un domaine aussi sensible, pourrait amener certains esprits à tenter d’exploiter l’appartenance  religieuse à des fins politiques, toute chose qui dessert l’unité et l’harmonie nationales, et menace la paix sociale si chère à notre pays.

Les propositions

Face à ces risques réels, liés à l’ampleur extraordinaire prise par le phénomène d’immigration dans le pays, le Conseil économique et social suggère aux autorités compétentes quelques propositions […]. Ainsi, la gestion de l’immigration devra être dorénavant caractérisée par la mise en œuvre des mesures suivantes:

– la suppression de la libre immigration;

– l’établissement  du principe de la réciprocité avec les pays qui n’accordent pas à notre pays les mêmes facilités d’immigration  que nous leur donnons (obligation du visa);

– l’élaboration d’un Code national d’immigration fondé sur le respect des engagements internationaux  pris par la Côte d’Ivoire;

– l’affectation aux frontières (dans les services de police, gendarmerie, douanes) d’agents ivoiriens honnêtes, assermentés et patriotes, à même d’appliquer rigoureusement les mesures préconisées par le gouverne- ment pour contrôler et maîtriser l’immigration dans le pays;

– une politique rigoureuse dans la délivrance des certificats de nationalité, des passeports, des cartes nationales d’identité et des naturalisations;

– la nécessité de produire le passeport ou la carte nationale d’identité mentionnant la nationalité de l’immigrant;

– l’instauration d’échanges  réguliers entre les services frontaliers d’immigration, les ambassades et consulats,  avec la direction générale nationale de la statistique en charge des questions démographiques;

– la création d’un Observatoire national de l’immigration;

– l’instauration d’une politique démographique plus hardie, susceptible de contribuer à limiter l’immigration;

– le maintien et l’application stricte des dispositions constitutionnelles récemment adoptées par le Parlement et portant sur le code électoral, précisément sur les conditions d’éligibilité à la présidence de la République et autres postes politiques;

– la révision en vertu de la réciprocité, des codes foncier et urbain dans leur principe de l’octroi de terrains à bâtir et de propriétés foncières à des étrangers. Toute rétrocession dans ce contexte doit l’être préférentiellement en faveur d’Ivoiriens de souche ou de l’État;

– la restructuration  pour une meilleure gestion des quartiers précaires qui se sont révélés être de vrais nids de malfrats étrangers;– la détention par des Ivoiriens d’un pourcentage minimum (à définir), du capital des sociétés et entreprises créées par des étrangers dans notre pays;

– définir la proportion minimale des agents ivoiriens parmi l’ensemble des employés exerçant dans ces entreprises étrangères;

– exiger une rémunération convenable (Smig) de ces agents ivoiriens qui devront être déclarés à la CNPS;

– dans la mesure du possible, prendre les dispositions utiles pour réduire le niveau de transfert des fonds par les entreprises étrangères;

– favoriser la mise au travail des Ivoiriens (fonds sociaux, etc.).

 

Conclusion

 Il apparaît clairement que le seuil tolérable a été largement dépassé dans notre pays, exposant celui-ci à des risques sérieux de perturbations de l’équilibre socio-démographique, de l’unité, de l’harmonie et de la paix sociales si chères à la Côte d’Ivoire.

S’il est vrai qu’aucun pays au monde ne peut vivre en vase clos, il est aussi vrai que chaque pays doit, dans son intérêt, prendre les dispositions adéquates pour ne pas se laisser envahir par l’étranger. Ce n’est pas de la xénophobie,  c’est une simple question de sauvegarde nationale.»

 

 1. Rapport publié dans Le Jour, Abidjan, n° 1251, jeudi 8 avril 1999.

Boga Sivori (Chef du village de Gnalégribouo) en colère: « Nous sommes déçus »

août 20, 2013 10 commentaires

Soro a choqué les populations » – Après la visite du Pdt de l’Assemblée nationale à Gagnoa / Boga Sivori (Chef du village de Gnalégribouo) en colère: « Nous sommes déçus » 

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Le discours de Guillaume Soro à Gagnoa n’a manifestement pas emballé tous les fils du département. Le chef de Gnalégribouo, membre du bureau du Conseil départemental des chefs de village de Gagnoa, Boga Sivori, se dit déçu des propos du président de l’Assemblée nationale. « Le président Guillaume Soro a donné raison à toutes ces personnes qui ne voulaient pas qu’il se rende à Gagnoa », estime le chef de village de Gnalégribouo

 

On vous accuse de trahison, vous et un certain de nombre de chefs. Vous auriez, pour des raisons personnelles, favorisé la venue du président de l’Assemblée nationale à Gagnoa. Que dites-vous ? 

Boga Sivori : Dire les choses de cette façon n’est pas juste. Quand on est chef, on prend des initiatives, ensuite, on informe la base et ensemble, on discute. En tant que chef, le président Gbizié a choisi le président Guillaume Soro pour l’inauguration de notre siège puis la pose de la première pierre du siège définitif. Après qu’il l’ait choisi, il a informé son bureau qui a donné son accord. 

Et, il a organisé une assemblée générale pour informer les chefs de village. Evidemment, on ne pouvait pas faire l’unanimité. Si la majorité a donné son accord, je crois que nous devrions tous assumer. 

Vous confirmez que des chefs ont été écartés de l’organisation parce qu’opposés à cette visite de Guillaume Soro ? 

B. S. : Je ne sais pas si un chef a été mis à l’écart. Je pense que tous les chefs étaient à Gagnoa. Evidemment, on ne pouvait pas faire l’unanimité. Si des gens étaient absents, c’est leur droit. 

Quel était votre objectif en invitant le président de l’Assemblée nationale ? 

B. S. : Nous l’invitions, d’abord pour inaugurer notre siège provisoire et pour poser la première pierre de notre siège définitif. Ensuite, c’était un prétexte. Nous voulions, avec le président Soro, jeter les bases d’une véritable réconciliation. 

Nous voulions poser un certain nombre de problèmes dont l’emprisonnement du président Gbagbo et de plusieurs de nos fils et le cas de tous ceux qui sont en exil et lui demander d’intercéder auprès du président Alassane Ouattara pour que ceux qui sont emprisonnés soient mis en liberté, que les exilés rentrent, que certains retrouvent leurs maisons encore occupées, que les biens des gens soient dégelés. 

Et votre objectif a été atteint ? 

B. S. : Je puis vous dire, qu’en tant que chef de village, je suis parti sur une note de déception. 

Vous êtes déçu donc ? 

B. S. : Nous le sommes. On n’a pas atteint notre objectif. Je dis bien que notre objectif était de jeter les bases d’une vraie réconciliation. Vous savez que cette visite a suscité beaucoup de réactions. Nos cadres qui n’avaient pas été informés à temps ont estimé qu’il aurait fallu qu’on les associe à la chose. Ils avaient raison. On leur a demandé pardon. Ils ont accepté. 

Mais, tout le monde ne voulait pas qu’il aille à Mama et Gnaliépa parce qu’on craignait qu’il s’y rende pour faire du triomphalisme. On craignait qu’il s’y rende dans un esprit de défiance, qu’il parte humilier le peuple de Gagnoa, qu’il parte humilier Gbagbo devant ses parents. Il me semble que c’est justement ce que nous avons récolté. Donc, le président Soro a donné raison à toutes ces personnes qui ne voulaient pas qu’il se rende à Gagnoa. C’est pour cela que j’évoque un sentiment de déception. 

Vous vous sentez déçu ou trahi ? 

B. S. : Je ne dirai pas trahi. Mais, je dis que le président Soro a manqué de tact. Nous sommes dans un processus de réconciliation, chacun doit jouer sa partition. En tant que chef, nous pensions jouer notre partition et avec lui. Il nous avait dit qu’il n’allait pas à Gagnoa dans un esprit de défiance. 

On a le sentiment qu’il a plutôt défié les populations à Gagnoa. Le peuple de Gagnoa est un peuple pacifique et qui vénère l’étranger. On peut ne pas l’aimer mais dès lors que c’est un étranger, il y a chez nous, comme une sorte d’immunité. 

Concrètement, qu’est qui vous a déçu dans la visite du président Soro ? 

B. S. : Je n’ai aimé ni le ton ni le contenu du discours. Moi, je m’attendais à un discours d’apaisement, à un discours rassembleur. Mais qu’a dit le président Soro ? Il a donné le ton àTchedjelet. Il a dit « demain, je dirai la vérité, toute la vérité. Je dirai même ce que les gens ne veulent pas entendre ». 

Mais, ce sont les mêmes vérités de Soro que nous avons entendues à savoir que Laurent Gbagbo n’a pas gagné les élections, qu’il lui a demandé de quitter le pouvoir et qu’il s’est entêté. Mais, c’est ce qu’il a toujours dit. Est-ce que pour cela il a besoin d’aller à Gagnoa ? Mais tout le monde sait que c’est la vérité de Soro. Elle n’est pas la seule vérité. Les gens savent que Gbagbo a été victime d’un coup d’Etat. 

Vous voulez certainement parler de ses partisans… 

B. S. : Bien sûr. Il y a deux vérités : il y a la vérité de Soro et celle des partisans de Gbagbo à savoir que l’ancien président a été victime d’un coup d’Etat. C’est cette dernière vérité que les parents savent au village. Ce n’est pas parce que Soro aura dit sa vérité à Gagnoa qu’elle deviendra la vérité de tous y compris de ses parents. Il n’avait pas besoin de cela à Gagnoa. Il n’avait pas besoin de choquer la population et les parents. 

Il a choqué les populations (…) Il a agrandi le fossé. Il a davantage repoussé le peuple bété. On ne peut regarder en face- et c’est un autre point de déception- un peuple et lui dire : « moi, je croyais que vous étiez des hommes, je ne savais pas que vous étiez des saints. Partout où je passe, vous demandez la libération des gens, vous ne parlez même pas de la mort du docteur Benoît Dacoury-Tabley ». 

Soro s’étonne que nous ne demandions pas pardon. Voudrait-il dire que c’est le peuple bété qui a tué le docteur Dacoury ? Je crois savoir qu’on nous a dit, ici, que ce sont les escadrons de la mort qui l’avaient tué et dont on cherche encore aujourd’hui la paternité. Mais enfin ! Dacoury Benoît, c’est un fils de Gagnoa. C’est donc nous qui avons perdu notre fils. Si on doit demander pardon à des gens parce que Dacoury Benoît est mort, c’est bien au peuple de Gagnoa. 

Enfin, il dit que le ministre Dano Djédjé a menacé de le tuer. Il a quels moyens pour tuer Soro ? Il ne peut pas tuer une mouche. Il est de tempérament rassembleur. Il lui a simplement dit de ne pas aller à Mama, Gnaliépa et Kpokrogbé pour le symbole que cela représente. Les gens ne voulaient pas qu’il aille narguer les populations. J’avoue que nous, les chefs, avons été mis en difficulté. 

En tant que chef, notre première mission est de défendre le peuple. Nous ne pouvons pas accepter qu’on traîne le peuple de Gagnoa dans la boue. Et nous n’avons pas invité Soro pour qu’il traîne le peuple de Gagnoa dans la boue. 

Finalement, à vous entendre, il n’y a pas un seul point de satisfaction dans la visite de Soro… 

B. S. : Nous voulions qu’à partir de Gagnoa, Soro lance un message de paix. C’est ce que nous lui avons dit. Dès lors, qu’on n’a pas obtenu cela, on ne peut pas dire qu’on a eu satisfaction. 

Mais, si vous voulez, on peut noter deux points de satisfaction. Pour nous, Soro a remis au goût du jour le débat sur les élections. Deuxièmement, il a défié le peuple de Gagnoa sur la place mythique Laurent Gbagbo mais il n’a essuyé aucune pierre. C’est la preuve que le peuple bété n’est pas un peuple belliqueux comme on tente de le présenter. Il est digne dans la douleur. Parce que le discours de Soro lui a fait très mal. 

Réalisé par Kisselminan COULIBALY 
In Soir Info

 

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Arsène Touho: ‘‘Gbagbo est notre unique interlocuteur face à Ouattara’’

août 17, 2013 1 commentaire

Ancien fésciste, auteur de ‘’Il faut sauver le soldat FESCI’’ et de ‘’Côte d’ivoire, leçons du 11 avril 2011’’, Arsène Touho est aujourd’hui le représentant du parti de Stéphane Kipré en Europe. Il a accepté de décrypter l’actualité politique récente de la Côte d’Ivoire. Entretien… 

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Arsène Touho, vous venez d’être nommé délégué Europe de l’Union des nouvelles générations de Stéphane Kipré dont vous étiez le conseiller, à quoi cela répond ?

J’aimerais d’abord remercier le président Stéphane Kipré pour la confiance qu’il vient de me renouveler en me portant à ces nouvelles responsabilités politiques. Au moment où, l’essentiel de l’action politique de l’opposition s’est déplacée au sein de la diaspora ivoirienne en Europe, c’est une lourde charge que je m’évertuerai à remplir ; et c’est également la marque que notre organisation politique compte bien être présente et active sur le continent européen. 

Le 05 août dernier, 12 détenus pro-Gbagbo étaient remis en liberté dont Michel Gbagbo. Certains partisans de Laurent Gbagbo n’auraient pas apprécié ses sorties médiatiques. Quel regard portez-vous sur ces sorties et sur les commentaires des mécontents ?

Je me réjouis d’abord de la libération de Michel Gbagbo. J’ai lu, entendu et vu ses sorties médiatiques ; quand Michel Gbagbo remercie Ouattara et le gouvernement, je le comprends aisément. C’est parce qu’il sait qu’il était un prisonnier politique, que son esprit a du mal à intégrer qu’il a été remis en liberté par la justice ivoirienne. C’est aussi un réflexe naturel ; quand un otage est libéré, c’est toujours vers son geôlier qu’il se tourne afin de lui dire merci pour lui avoir permis de recouvrer la liberté. C’est un comportement qui est propre à tous les otages du monde. Mais je reste persuadé que Michel Gbagbo comprendra que s’il est libre aujourd’hui, ce n’est pas parce que Ouattara l’aime particulièrement.

Mais certains trouvent que ces déclarations étaient hasardeuses et inopportunes ?

Je ne porterai pas de jugement de valeur sur un quelconque impact des déclarations de Michel Gbagbo. Pour l’instant, je retiens que c’étaient des propos d’un homme heureux de recouvrer la liberté. Ces déclarations ne sont donc pas, en mon sens, des convictions politiques.

Comment commentez-vous la remise en liberté provisoire d’une partie de la direction du FPI qui était détenue au nord du pays ?

C’est un immense plaisir de revoir des personnes qui avaient été injustement privées de leurs droits élémentaires, c’est-à-dire le droit à la liberté. Nous avons été ravis de voir des personnes dont les dernières images présentaient des gens complètement déshumanisés, animalisés, voir chosifiés par les soldats de Ouattara.

Pensez-vous comme beaucoup que le président Ouattara pourrait tirer un bénéfice sympathique auprès des populations après ces libérations ?

J’ai entendu et lu des déclarations de partisans de Ouattara réclamant des remerciements pour ces libérations. J’aimerais leur répondre que Ouattara a plus besoin d’aide que de remerciements. Il a besoin d’aide pour qu’il comprenne que dans une république, les hommes et les femmes de l’opposition ne sont pas des éléments de marchandage qu’on stocke dans un grenier pour les sortir à la veille de la fête de l’indépendance afin de les troquer contre un quelconque bénéfice de sympathie auprès des populations.

Ces libérations n’auront donc pour vous aucun impact sur les partisans de Laurent Gbagbo, surtout les organisations de résistance à l’autorité de Ouattara afin d’aller à la réconciliation ?

A mon sens, il est clair que cet acte aurait dû décrisper l’atmosphère politique actuelle, mais comme beaucoup d’ivoiriens, c’est au nom de quoi une partie de ceux qui sont détenus pour les mêmes raisons sont libérés pendant que d’autres sont gardés en détention ? Si ce n’est pour des buts électoralistes, je ne vois pas d’autres raisons qui pourraient motiver ces libérations. Sinon, il aurait fallu libérer tout le monde. Et en premier, le président Laurent Gbagbo qui est aux mains de la justice internationale. Car la CPI devrait comprendre que la libération du président Laurent Gbagbo enclencherait définitivement le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire.

Face à cette nouvelle donne qu’est la remise en liberté des membres de la direction du FPI, quelle pourrait être la posture des organisations et associations anti-Ouattara en France dont vous êtes membres ?

Je note déjà que les actions de mobilisation de la diaspora ont eu des échos et gênent réellement. C’est une bonne chose que le FPI qui conduit notre combat de la résistance retrouve sa direction au complet. Nous allons faire bloc derrière le président Pascal Affi Nguessan pour reprendre le combat où le président par intérim Miaka Ouretto l’a conduit. Et nous seront tous derrière Affi Nguessan pour le combat de la libération du président Laurent Gbagbo qui reste notre unique interlocuteur face à Ouattara.

 En dehors du FPI, il est né une structure fédérale qu’est le CDR-CI dont vous avez été élu secrétaire général, quelle sera votre posture et l’essentiel du contenu de votre discours?

J’aimerais rappeler que lors des états généraux de la résistance qui se sont tenus le 30 mars dernier à Paris, les Ivoiriens ont manifesté le désir de continuer le combat dans l’union. C’est ainsi qu’est né plus tard le Conseil de la diaspora pour la défense de la démocratie et la restauration des droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Ce jour-là, j’ai entendu les interventions du secrétaire général du FPI depuis Abidjan, le porte-parole du président Laurent Gbagbo, la coordination du FPI en exil, d’Alain Cappeau et de Désiré Porquet. Cela m’a suffi pour comprendre que les Ivoiriens voulaient une organisation commune, et c’est ce consensus qui m’a poussé à adhérer pleinement à cette organisation fédératrice souhaitée par toutes les associations qui la composent.

En tant qu’ancien fesciste et auteur de l’ouvrage ‘’Il faut sauver le soldat FESCI’’, comment jugez-vous aujourd’hui l’implication de cette organisation syndicale estudiantine dans le paysage politique ivoirien?

Vous constaterez avec moi que le FESCI est complètement effacée, même du terrain syndical. Par voix de conséquence, elle est aussi effacée de la vie politique dans laquelle elle n’était pas censée être présente d’ailleurs. La FESCI est aujourd’hui ce que je craignais déjà lorsque je quittais le mouvement. Comme vous le disiez d’ailleurs, j’avais écrit un livre qui est paru aux éditions l’Harmattan, dans lequel je mettais en garde tous les camarades du danger qui guettait le mouvement. Et il est finalement devenu ce que je craignais, et est là où je craignais qu’il arrive. Je n’en dirai pas plus car l’heure n’est pas à la FESCI, mais à la Côte d’Ivoire. 

Retenons que vous avez également écrit ‘’Côte d’Ivoire, leçons du 11 avril 2011, et préfacé les ouvrages de deux jeunes auteurs ivoiriens dont Steve Beko. D’où vient cet engouement pour l’écriture ?

En acceptant de préfacer les livres de Steve Beko et Jovani Méledj, il s’agissait pour moi d’abord d’aider deux jeunes compatriotes à réaliser leurs rêves. Ensuite, il a été toujours question pour moi de réaliser ce rêve d’aider tout jeune à publier des idées pouvant faire avancer nos sociétés et améliorer les conditions de vie de l’homme. Pour l’instant, les cas de Steve Beko et Jovani Méledj font tâche d’huile, car il y a énormément de manuscrits dans les tuyaux. 

En votre qualité de délégué Europe de l’UNG de Stéphane Kipré, comment envisagez-vous les échéances de 2015 ?

Pour moi, il n’y a qu’un seul mot d’ordre ; la troisième vague de libération de nos camarades ne doit pas nous faire perdre de vue que le président Laurent Gbagbo demeure notre interlocuteur unique face à Ouattara. Tous les Ivoiriens savent que c’est à l’issue de la présidentielle de 2010 que nous sommes arrivés à cette crise en Côte d’Ivoire. Il revient donc à ces deux acteurs majeurs de la vie politique ivoirienne qui restent les interlocuteurs naturels de la réconciliation dans notre pays de se parler en hommes libres. Il faut que Laurent Gbagbo soit libéré de sorte que nous partions résolument à la réconciliation, et que toute la classe politique participe sereinement aux joutes électorales.

Dites-nous clairement, l’opposition proche de Laurent Gbagbo devrait-elle avoir un candidat face à Ouattara pour la présidentielle de 2015 ?

Je n’imagine pas un scénario dans lequel il y aurait un candidat autre que Laurent Gbagbo face à Ouattara. Il ne faut pas oublier qu’il peut être libéré dans les prochaines semaines si la chambre d’Appel de la CPI ne suit pas la décision de la Chambre préliminaire 1. De façon raisonnable, cette institution est en train de partir vers la déculpabilisation du président Laurent Gbagbo. Pour moi, il serait hasardeux d’envisager le choix d’un candidat de notre camp tant que nous n’avons pas encore connu l’issue de la procédure engagée contre le président Laurent Gbagbo à la CPI. Je suis convaincu qu’il sera libéré avant 2015. Pour l’instant donc, concentrons nos énergies pour le combat de sa libération et de celle qui sont détenus encore au nord du pays en raison de leur appartenance au camp Laurent Gbagbo.

Entretien réalisé par Jean-Paul Oro à Paris pour l’Intelligent d’Abidjan