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Archive for juillet 2013

A l’initiative du régime Ouattara, Un curieux film en tournage au siège du FPI de Yopougon

juillet 30, 2013 1 commentaire

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Dans la matinée d’hier lundi 28 juillet 2013, des informations concordantes ont avisé la rédaction de Notre Voie de la présence d’hommes et de femmes équipés d’appareils cinématographiques entrain de tourner un film dans les locaux du siège de la Fédération du Front populaire ivoirien d’Abidjan Banco. L’information intrigue en ce sens que ce siège est occupé depuis la dernière crise postélectorale par les forces pro-Ouattara connues sous l’appellation de Frci. C’est d’ailleurs cela qui a suscite notre curiosité à nous rendre sur les lieux, à de Yopougon-Wassakara, non loin de l’espace Ficgayo pour voir de plus près ce qui est en train de s’y dérouler.

Et quand nous y arrivons, nous trouvons effectivement une équipe à la tâche avec des cameras et tout ce qui concourt à la réalisation d’un film. Le passage des personnes dans le périmètre est strictement suivi par des gendarmes. Certainement pour éviter que les badauds ne gênent le tournage en faisant du bruit. « Un film intitulé « Run » qui signifie courir en anglais est en cours de réalisation dans les locaux du siège du Front populaire ivoirien à Yopougon Wassakara. Ce film va relater la récente histoire de la Côte d’Ivoire.

L’équipe qui réalise ce film va rester 3 jours dans les locaux du siège du FPI. Ce film qui est un long métrage va être présenté en France, en Côte d’Ivoire et un peu partout dans le monde», explique Claire Gadea qui fait partie de l’équipe de tournage. Elle confie par ailleurs que ce film est financé par la France à l’initiative du ministère ivoirien de la Culture qui décrète la prochaine année, année du cinéma.

«Est-ce que les responsables du FPI ont été informés avant d’occuper les locaux qui servent de siège à leur parti ? Est-ce que l’équipe, après son passage à Yopougon, se rendra aussi à Abobo où le Commando invisible a longtemps semé la terreur au sein de la population civile pro-Gbagbo? ». Claire Gadea ne répondra pas à toutes nos questions. Arguant que le journaliste ne doit pas se substituer au politique ( ?). Elle s’est néanmoins montrée disponible pour dire que l’équipe a reçu une autorisation du ministre de l’Intérieur et elle a tenté de justifier le film. Mais elle nous donnera rendez-vous pour le samedi prochain afin de nous faire rencontrer Philippe Lacote, premier responsable de la réalisation du film sur l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.

En revanche, le secrétaire général de la fédération FPI de Yopougon joint au téléphone a dit toute sa surprise d’apprendre qu’un film est en cours de réalisation au siège de son parti. « Nous ne sommes pas informés », a-t’il laissé entendre Zaba Zadi.

Benjamin Koré in Notre Voie du 30 juillet 2013

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Steve Beko (exilé pro Gbagbo) : « nous attendons le jour où Ouattara, Soro et les seigneurs de guerre répondront de leur actes »

juillet 26, 2013 8 commentaires

Jeune ivoirien exilé depuis la prise du pouvoir d’Alassane Ouattara, Fabrice Lago alias Steve Beko a décidé de mener le combat pour le triomphe de la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire à travers la toile. Dans l’interview qui suit, il explique ses choix et ses espoirs pour la Côte d’Ivoire.

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Notre voie : Pourquoi avoir choisi comme pseudonyme Steve Beko ?

Steve Beko :Je tenais avant tout propos à vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de parler du travail de millions d’anonymes sur les réseaux sociaux et les blogs afin de faire triompher la vérité sur les événements récents dans notre pays.

Pour en revenir à votre question, disons que ce nom s’est imposé à moi quand il s’est agi de choisir un pseudonyme compte tenu du parcours de Steve Bantu Biko qui comme moi a été un militant syndical estudiantin avant de s’engager dans le combat pour la dignité du peuple noir en Afrique du Sud. C’est donc pour lui rendre hommage – car l’on parle très peu de lui – mais aussi et surtout afin de m’identifier à un leader qui à mon sens a mené le bon combat sans jamais se renier.

NV : Vous êtes aujourd’hui devenu une star de la toile, comment êtes vous parvenu à vous imposer ?

SB : Star ? C’est un peu trop dire ! L’on peut cependant affirmer que je fais partie de ces jeunes ivoiriens qui ont acquis une certaine crédibilité sur  les réseaux sociaux par la fiabilité des informations qu’ils donnent et la qualité des analyses produites. Nous sommes aujourd’hui dans un monde où l’information circule à la vitesse de la lumière alors il faut à la fois pouvoir être réactif et pertinent et je ne pense pas que je serai arrivé à le faire sans compter sur toute l’équipe qui travaille bénévolement avec moi et bien sur tous les autres activistes comme Claudus Kouadio, Wazi Guipié, Chris Erin, Alain Doh Bi pour ne citer que quelques uns.

NV : Votre livre qui retrace votre parcours de cyber activiste a largement contribué à vous faire connaître davantage. Comment un jeune exilé sans moyen a priori a-t-il pu se faire éditer ?

SB : En général, l’on n’a pas besoin de payer pour se faire éditer et c’est ce qui s’est passé dans mon cas. J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons d’édition qui étaient toutes d’accord pour me proposer un contrat car aujourd’hui, tout ce qui touche au président Gbagbo suscite la curiosité dans le monde. Les gens s’intéressent de plus en plus à son combat. Ils veulent comprendre ce qui se joue dans cette partie de l’Afrique et qui mobilise pratiquement chaque mois des milliers d’Africains non seulement à La Haye mais aussi dans toutes les capitales européennes. J’ai en définitive choisi de sortir le livre chez  l’Harmattan qui est une maison assez crédible et par la grâce de Dieu, les choses se passent comme je le souhaitais.

NV : Comment se porte le livre sur le marché ?

SB : Ma maison d’édition ne m’a pas encore communiqué les chiffres de vente mais je suis déjà satisfait par l’accueil populaire qui a été réservé à ce livre. De partout dans le monde, des ivoiriens en particulier et africains en général me contactent pour savoir comment se le procurer. Afin de le rapprocher des nôtres, ce sont des camarades de lutte tels que Patty Patricia, Patricia Kplé en France, Delphine Allah Bah au canada, Gigi au USA, Ky Cho en Côte d’Ivoire, etc. qui ont accepté de le revendre bénévolement et je profite de votre interview pour leur dire infiniment merci. Nous avons même réussi grâce au buzz crée autour à intéresser des journalistes Espagnols, Canadiens, Américains, Italiens qui nous ont consacré des encarts dans leurs différents organes. Ma plus grande satisfaction cependant, est de savoir que le président Gbagbo a pu lire le livre. C’est une immense fierté qui m’anime depuis que j’ai appris cette nouvelle.

NV : Pour nos lecteurs qui n’ont pas lu le livre, depuis quand êtes vous présent sur les réseaux sociaux et comment y êtes-vous arrivé ?

SB : J’y étais déjà présent comme beaucoup de jeunes africains qui s’intéressent aux NTIC mais l’histoire de « Steve Beko » remonte à février 2011. Dès l’avènement  des signes précurseurs de la crise post-électorale, j’ai compris que la communication sera notre principal allié. Elle avait été le talon d’Achille du régime Gbagbo depuis 2002. Si au niveau national, la popularité du régime n’avait pas d’égal, au niveau international en revanche, nous avons perdu la bataille de l’opinion. Il nous fallait donc occuper l’espace médiatique. À défaut d’avoir accès aux médias internationaux pour donner notre point de vue étant donné qu’ils étaient tous acquis à la cause de notre adversaire, je proposais à des amis que nous utilisions les réseaux sociaux, blogs et autres. J’ai donc crée sur le réseau social facebook, le profil « Steve Beko » et un groupe dénommé « Réflexions et actions concrètes pour la Côte d’Ivoire ». L’objectif étant d’amplifier toutes les sorties du président Gbagbo, de présenter les vidéos des différentes manifestations que nous organisions dans la lutte pour l’éclatement de la vérité. Sur la toile, cela eu un véritable succès car les Ivoiriens et même les africains de partout dans le monde avaient soif d’entendre un autre discours cette fois plus proche de la vérité.

NV : Pourquoi avoir choisi de défendre la cause Gbagbo alors ? Est-ce par sympathie pour l’homme ? Par conviction idéologique ou par simple effet de mode ?

SB : Il serait prétentieux pour moi de dire que j’ai choisi la cause Gbagbo mais plutôt que c’est elle qui s’est imposée à moi depuis l’enfance. J’ai été initié à la politique par mon oncle Lago Guillaume qui est très engagé pour le Fpi à Lakota et c’est lui qui me « trimballait » dans toutes les manifestations depuis l’opposition. À chaque fois que feu le ministre Boga Doudou et les autres cadres du Fpi se réunissaient pour des réunions dans cette ville, je faisais le petit coursier, courant à gauche et à droite pour ramener de l’eau, des cigarettes, des mouchoirs etc. Par la suite, quand je suis entré au lycée, je me suis engagé à la Fesci qui a aiguisé mon sens politique et mon ardeur militante. J’ai donc grandi dans une atmosphère militante. Je me rappelle encore comment nous « luttions » pour lire La Voie, Le Nouvel Horizon, L’œil du Peuple et tous les journaux de l’opposition qui dénonçaient les dérives du pouvoir Pdci. De surcroît, quand on a milité dans une structure syndicale de gauche, pour être logique envers soi-même, on ne peut qu’adhérer aux idéaux du président Gbagbo qui symbolise la lutte pour la démocratie et le respect des libertés individuelles et collectives dans notre pays.

 
NV : Que faites-vous dans la vie en dehors du cyber activisme ?  

SB : Je me suis depuis mon départ du pays, exclusivement consacré à la lutte pour l’éclatement de la vérité sur les élections présidentielles ivoiriennes de novembre 2010 mais je compte reprendre bientôt mes études que j’ai abandonnées depuis mon départ du pays afin de terminer le doctorat en Lettres modernes.

NV : J’imagine que cela vous prend énormément de temps et aussi d’argent puisqu’il quand même avoir l’équipement, comment vous arrangez-vous ?

SB : La cause que nous défendons fait partie de celles qui méritent que nous leur consacrions toute une vie alors disons que j’ai assez de temps. En revanche,  l’on n’a pas besoin d’argent, il suffit d’avoir l’équipement adéquat comme vous l’avez souligné. A cet effet donc, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour nous aider à améliorer notre efficacité.

 
NV : Certains disent que vous vous battez pour une cause perdue parce que selon eux, Gbagbo ne sera pas libéré. Est-ce qu’il ne vous arrive pas de douter de l’aboutissement de votre combat ?

 
SB : À ceux qui ont la certitude implacable et inébranlable de ce que des milliers d’Ivoiriens, comme moi, se battent pour une cause perdue, j’aimerai leur dire que j’ai lu quelque part qu’ « il n’y a que les causes perdues qui méritent que l’on les défende, que ce sont les questions sans réponse qu’il est nécessaire de poser. » En ce qui concerne le doute sur l’aboutissement de mon combat, il y’a une citation de Jens Peter Jacobsen que j’affectionne particulièrement qui dit que  » dans le doute, nul ne désespère. » Alors oui il m’arrive de douter car je ne suis qu’un homme, mais de désespérer, ça jamais!! 

NV : Est-ce que vous connaissez personnellement ceux qui mènent avec vous le combat pour la libération de Laurent Gbagbo et des autres prisonniers ?

SB : Je ne les connais pas tous personnellement mais j’ai pu en rencontrer certains et le courant est tout de suite passé car nous avons en commun de fortes convictions. Les Ntic ont cet avantage de briser les distances car les ivoiriens, il y en partout dans le monde alors sans nous voir physiquement, nous sommes proches comme si nous habitions le même toit.

NV : Votre travail sur la toile est-il coordonné ?


SB
 : Oui bien sur car comme je l’ai dit, avec les autres camarades, nous parlons tout le temps pour savoir ce qu’il faut faire, les cibles à atteindre, la méthodologie à employer. Il n’y a pas si longtemps que nous avons lancé une campagne pour inciter tout le monde à aller sur twitter qui est un puissant outil d’information et  nous sommes satisfaits du résultat. C’est une interaction constante et permanente

NV : Je sais qu’il existe un certain nombre de groupe, quel est celui auquel vous appartenez ?

SB : Je me défini comme un soldat pacifique au service d’une cause alors je suis partout où il s’agit de défendre la cause du président Gbagbo et de notre pays livré à une horde de barbares analphabètes

NV : Si au bout du compte les charges contre Laurent Gbagbo étaient confirmées, alliez-vous tout de même continuer la lutte sur la toile ?

SB : Je tiens tout d’abord à dire que notre combat se limite pas à la confirmation des charges ou l’infirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo donc si les charges étaient confirmées, l’on entamerait une autre étape dans le combat noble dans lequel nous sommes engagés, avec davantage de détermination et davantage de courage!

Mais quel observateur objectif peut dire encore que c’est le procès du président Gbagbo qui se déroule actuellement à La Haye ? Tous les spécialistes de la question sont unanimes pour reconnaitre que ce procès est devenu celui de la Cpi elle-même. Soit elle confirme les charges et perd le peu de crédit qui lui reste encore aux yeux des africains et des combattants de la liberté de par le monde, soit elle libère purement et simplement le leader ivoirien pour engager le débat sur la survie de cette cour.

Notre principal objectif sur la toile est de faire éclater la vérité sur la Côte d’Ivoire face aux mensonges déversés depuis une dizaine d’années et à ce jour nous sommes dans la bonne direction alors nous maintiendrons le cap.

NV : Il y a ceux qui estiment que le Fpi doit accepter de collaborer avec le régime Ouattara pour amener celui-ci à réviser sa position vis-à-vis des pro-Gbagbo et ceux qui pensent que ce serait une grave erreur. Dans lequel des camps vous rangez-vous ?

 SB : Je ne sais pas ce que ces personnes entendent par ‘’collaborer’’. Est-ce rentrer au gouvernement pour participer à la curée populaire ? Dans une démocratie, le rôle de l’opposition est de critiquer le pouvoir en place et non de diriger avec lui alors tout ce que le Fpi exige est que l’on lui permette d’exprimer publiquement et librement ses opinions sur la vie de notre nation. Il faut libérer tous les prisonniers politiques y compris le président Gbagbo afin que le vrai débat autour de la réconciliation s’engage. C’est pourquoi je tiens à féliciter la direction intérimaire du Fpi qui jusqu’à ce jour a adopté la digne attitude qui répond aux aspirations des ivoiriens.

NV : Ouattara a récemment félicité Guillaume Soro pour le combat qu’il a mené. Quel commentaire ?

SB : Aucun commentaire particulier…Cela confirme plutôt ce que les ivoiriens ont clamé sur tous les toits depuis 2002 à savoir que Dramane Ouattara est le vrai parrain de la rébellion qui a divisé notre pays. Nous attendons patiemment ce jour où Guillaume Soro et les seigneurs de guerre qui ont semé terreur et désolation dans notre Pays avec l’aval d’Alassane Ouattara et de la France de Sarkozy, répondront de leurs actes devant la justice nationale ou internationale.

 
NV : Croyez-vous que la Côte d’Ivoire est sur le chemin de la réconciliation ou le contraire ?

SB : En l’état actuel des choses force est de reconnaitre  que la Côte d’Ivoire ne prend pas le chemin de la réconciliation. Aucun signe précurseur de cette « réconciliation » n’est visible. Ce terme perd son sens et son essence lorsqu’il est prononcé par le pouvoir dictatorial de Ouattara. Comment parler de réconciliation lorsque nous avons des milliers d’ivoiriens en exil ou en prison, que les avoirs de centaines d’Ivoiriens sont gelés les contraignant à la mendicité, avec qui parler de réconciliation lorsque l’on enferme tous ses interlocuteurs potentiels ? Le régime Ouattara ne veut pas d’un climat politique apaisé dans notre pays car il ne prospère que dans la terreur.

NV : Ouattara avait demandé 5 ans pour transformer la Côte d’Ivoire, maintenant il en veut 10. Qu’en pensez-vous ?

SB : Ce n’est qu’une infime promesse parmi toutes celles qu’il n’a pas respectées… Un désaveu notoire et criard. Après tout, a-t-il respecté une seule promesse issue de son programme politique ? La seule promesse qu’il a respectée est celle de déstabiliser notre Pays!  Sinon les ivoiriens attendent toujours les 5 universités, la suppression des frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, l’assurance maladie universelle à 1000 FCFA/tête, les 600 milliards aux jeunes ainsi que le million d’emploi par an etc.

NV : Pour vous, quelques sont les perspectives pour la Côte d’Ivoire ?

SB : Toute perspective quelle qu’elle soit, passe par la chute du régime dictatorial et sanguinaire du pouvoir Ouattara par les voies démocratiques, la restauration des institutions de la République gravement bafouées, mais surtout la libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques ainsi que le retour au Pays des exilés et réfugiés… 

NV : Selon vous, y a-t-il espoir pour que Laurent Gbagbo revienne parmi nous ?

SB : Je dois dire que nous restons prudents et nous observons les événements s’y afférant avec beaucoup d’intérêt… La dernière décision de la CPI qui affirme en substance que les preuves contre le Président Laurent Gbagbo sont insuffisantes nourrit davantage notre espoir… L’espoir c’est ce qui nous anime, ce qui nous tient toujours debout, pour aller jusqu’au bout justement… Donc de l’espoir, nous en avons à revendre!  Mais ce n’est pas non plus un espoir naïf, nous sommes conscients que la vérité finira par éclater face à la détermination du peuple ivoirien.

NV : Vous arrive-t-il parfois de croire que vous êtes devenu une star ?

 SB : Star? Dans la situation désastreuse et déplorable dans laquelle se trouve mon Pays, ce terme n’a pas sa place. Je ne nie aucunement que j’ai acquis une certaine notoriété certes, mais cela ne fait pas de moi une star. Je suis devenu un homme mature, plus déterminé, conscient de son devoir vis-à-vis de son pays. Voilà ce que je suis désormais…


NV : Qu’est-ce que la toile a changé dans votre vie ?

SB : Ce n’est pas la toile mais la crise dans mon pays qui a changé ma vie. J’ai du interrompre mes études, quitter familles et amis pour emprunter le douloureux chemin de l’exil. J’ai du renoncer à tout ce qui en général requiert l’attention des jeunes de ma génération. Mon rythme de vie est bercé désormais par l’actualité et les évènements relatifs à notre Pays qui ont pris une place primordiale dans ma vie. Je suis comme un soldat au bénéfice de l’éclatement de la Vérité. Avec les seules armes que je possède : mon ordinateur, ma capacité d’analyse, mes écrits, mon sens de la repartie… 

Interview réalisée par Augustin Kuyo pour Notre Voie

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Stéphane Kipré écrit à son oncle Joel N’guessan : « Ne sois pas le baoulé de service »

juillet 16, 2013 7 commentaires

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Monsieur le ministre Joël N’guessan et très cher oncle,

Tu m’excuseras de la forme ouverte de ma lettre. J’ai beaucoup hésité mais après de longues réflexions, j’ai jugé cela utile car étant en exil depuis le 11 avril 2011, c’est le seul moyen pour moi de pouvoir m’adresser à toi. Je voudrais avant de commencer, même si tu n’as jamais jugé utile de prendre de mes nouvelles, te dire que je me porte bien, toujours ancré dans mes convictions.
Monsieur le ministre, permets-moi d’évoquer nos souvenirs communs car même si tout le monde ne saura pas de quoi je parle, toi et certains de nos proches respectifs comprendront ma lettre ainsi que sa portée car mon objectif contrairement à ce que tu pourrais penser n’est pas de t’humilier mais te faire admettre qu’à force de vouloir être plus royaliste que le roi, tu te ridiculises tout en faisant honte aux personnes comme moi que tu as introduites en politique dans les années 2000.

Monsieur le ministre, te souviens-tu de ce jour où assis à ta terrasse, tu tentais de nous convaincre de t’accompagner dans la vision politique du Mouvement des Forces d’Avenir (Mfa) ? Un parmi nous t’avait demandé ce que pouvait nous apporter le ministre Anaky Kobenan et ta réponse avait été digne, celle d’un homme d’honneur et d’un intellectuel. Tu lui avais enseigné que « la politique, c’est d’ abord une conviction car faire la politique sans conviction, c’est comme avoir une arme à feu en main et tirer dans tous les sens sur des êtres humains ». Tu nous demandais donc ce jour-là de militer au Mfa, parti politique de gauche non pas pour ce que le Ministre Anaky pouvait nous apporter mais par conviction et avec la volonté d’apporter notre pierre à la construction de la Côte d’Ivoire, notre cher pays. Malheureusement, 13 ans plus tard, je me pose la question de savoir où se trouve cette conviction dont tu nous parlais lorsque je lis tes nombreuses déclarations pour le compte du Rdr.

Monsieur le ministre, n’est-ce pas le même Alassane Ouattara dont tu disais, dans un passé récent, qu’il était la plus grosse erreur d’Houphouët-Boigny, qui l’avait fait venir en 1989 et fait entrer en politique en Cote d’ivoire?
Ta compréhension de l’erreur a pu évoluer certainement mais dans ta volonté de te faire accepter au Rdr comme un militant des premières heures, te pousse à aller trop loin. Certes au Rdr, les grades se gagnent soit par les armes, soit par les invectives déversées sur Laurent Gbagbo et ses partisans, mais laisse moi te dire, cher oncle, malgré les injures et les insanités que tu déverseras sur le président Gbagbo et le Fpi, tu ne gagneras jamais la confiance du Rdr. Tu as quitté le Fpi en 1993 pour le Pdci à l’arrivée du Président Bédié au pouvoir. A la chute de ce dernier, tu as rejoint Anaky Kobenan au Mfa que tu abandonneras en 2007 suite à son éjection du gouvernement, pour revenir avec les pro Gbagbo, afin de demeurer au gouvernement en tant que ministre des droits de l’homme. En 2010, tu quittes Gbagbo et va poser ton « nid voyageur  » au Rdr. Penses-tu, cher oncle, que les militants de ce parti te font confiance? Ils sont certains, et ils ont raison, que tu les quitteras aussi un jour pour celui qui te donnera le plus à manger quand ils ne seront plus au pouvoir.

M. le ministre, je ne crois pas que toi-même, tu ferais confiance à une personne comme toi. Avec un tel curriculum vitae politique et malgré toutes les promesses que Ouattara ait pu te faire, il ne t’a jamais et ne te confiera jamais un poste de responsabilité dans l’appareil de l’Etat en dépit de tes compétences intellectuelles. Tu es juste bon à faire le sale boulot du Rdr : désintégrer au maximum le tissu social. Un poste qu’il ne confierait jamais à quelqu’un pour qui il a du respect.  Ta feuille de route de porte-parole du RDR t’ordonne t’elle aussi d’être si ingrat? Assurément non!

M. le ministre, comment expliques-tu cette haine injustifiée que tu nourris à l’endroit du président Gbagbo alors que les liens de famille sur lesquels tu t’appuyais pour qu’il te vienne en aide moralement et financièrement, n’ont toujours pas disparu ? Dois-je comprendre que pour toi, le lien de famille n’est brandi que lorsqu’il doit te servir ? Dois-je dire sur la place publique ce que Laurent Gbagbo, le ‘’dictateur sanguinaire’’ selon toi a fait pour ta famille et toi même lorsque tu es sorti du gouvernement ? Je te laisse le soin de l’expliquer aux militants du Rdr et à tous les ivoiriens lors de ta prochaine prise de parole dans le cadre de tes activités politiques. Mais n’oublie pas que c’est cet homme, le président Laurent Gbagbo, que Dieu a utilisé pour préserver ta vie le 09 avril 2011, pendant qu’il était lui-même bombardé dans sa résidence par la coalition ‘’franco-rebelle’’. Aujourd’hui, pour tes intérêts, tu es prêt à tout, au point d’oublier les souvenirs les plus forts de ta vie familiale et politique. Je voudrais malgré toutes tes invectives, te rassurer si tu en as besoin, que pour le peu que je connais du président Laurent Gbagbo, il n’aura rien dans le cœur contre toi, s’il apprend tout ce que tu dis, si ce n’est de chercher à comprendre pourquoi un intellectuel comme toi, ait pu tomber aussi bas.

M. le ministre et cher oncle, tu vas trop loin dans ta quête de plaire et de convaincre tes nouveaux amis. Il est vrai que l’homme mangera à la sueur de son front mais celle que produit ton front actuellement est nauséabonde et indigne. Je te sais très attaché à la tradition alors ne sois pas le ‘’baoulé de service’’ car c’est ainsi qu’ils te perçoivent au Rdr. Je te dis tout cela, non pas dans le but de te recruter mais pour que tu mettes en pratique les enseignements que tu nous donnais hier, c’est-à-dire ‘’faire de la politique par conviction’’, la politique des débats contradictoires, la politique de vérité, ce métier noble qui consiste à se mettre au service des autres.

Abandonne, cher oncle, cette politique qui conduit à insulter, à proférer des mensonges et à semer la haine dans le coeur de nos concitoyens. Reviens à la politique saine, reviens à la dignité, non pas pour moi, non pas pour ces milliers d’ivoiriens parce que je sais qu’ils comptent peu pour toi vu ta transhumance aiguë, mais rejoins la noblesse de l’âme à cause de tes enfants. Dans la Côte d’Ivoire de demain, tes enfants auront la lourde charge de défendre le souvenir que tu laisseras dans notre pays parce que, dans la Côte d’Ivoire de demain, la politique ne sera pas seulement la saine appréciation des réalités du moment mais elle sera aussi la saine appréciation du rôle joué par tout un chacun dans l’histoire passée de notre pays. Penses-y!

Cher Oncle, si tu as perçu cette lettre comme blessante, sache que cela n’était pas mon objectif. Je suis prêt , cher oncle, à offrir le jour J, quand j’en aurai les moyens, selon la tradition, le bélier aux mânes de nos ancêtres pour t’avoir interpellé publiquement . Vois-tu, cher oncle, au delà de nos divergences politiques, les liens de sang demeurent et nous aurons, tôt ou tard, l’occasion de nous retrouver en famille et que tu l’oublies ou non, Gbagbo demeure et demeurera ton parent parce que dans les veines de tes petits enfants, coulent aussi le sang Gbagbo.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et inspire tous ceux qui pratiquent ce noble métier qu’est la politique.

Stéphane Kipré
President de l’Union DES Nouvelles Générations

Ton neveu

Ahoua Don Mello : « les militants FPI de Duékoué doivent demander pardon à Ouédraogo Remi pour le génocide des wè »

juillet 16, 2013 1 commentaire

La situation sociopolitique et économique très préoccupante de la Côte d’Ivoire ne laisse personne sans voix. Pas même l’ex-ministre Ahoua Don Mello, en exil depuis le 11 avril 2011, et qui avait gardé le silence depuis un bon moment. Dans cette entrevue qu’il a accordée au Nouveau Courrier, l’ex-DG du BNETD et par ailleurs ex-Administrateur de la BNI et de la CAPEC, analyse la situation politique et économique de la Côte d’Ivoire. Dans cette première partie que nous vous proposons, il aborde exclusivement les questions politiques de l’heure.

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Le Fpi, votre parti, a dit non à l’invitation au dialogue avec le gouvernement, pour protester contre le non-respect de ses engagements (parlant du gouvernement) après les premières négociations et la récente arrestation du leader de la JFPI qui intervenait justement à quelques jours de la reprise du dialogue. Une décision à laquelle vous souscrivez ?

Lorsqu’un homme continue de brimer son frère, la femme, les enfants et les amis de son frère qu’il crie au dialogue pendant qu’il continue de les brimer, pensez-vous honnêtement qu’il donne le même sens au mot «dialogue» que le sens commun attribue à ce mot ? Ce cri au dialogue est pour anesthésier ceux qui sont en dehors de la maison et qui risquent de venir au secours des opprimés. C’est le Vuvuzela pour couvrir le cri de douleur de nouvelles vagues de répression et de violation des droits de l’homme. Je ne sais pas où il a appris la politique mais depuis que cet homme est apparu sur l’échiquier politique ivoirien, le mot dialoguer rime avec les fusils, à telle enseigne que pour nous cet appel annonce de nouvelles arrestations et de nouveaux massacres extrajudiciaires. Ses propres partisans ont affirmé qu’ils ont pris les fusils pour le porter au pouvoir, donc pour eux la campagne politique est synonyme de campagne guerrière. Et depuis 2011, chaque fois qu’un appel au dialogue est annoncé cela annonce les arrestations et les massacres, le cas de KOUA Justin est une illustration, mais avant ça, il y a eu AKOUN Laurent, DOUATY Alphonse, BLE GOUDE, Jean Yves DIBOPIEU, ABEHI, tous arrêtés après un appel au dialogue. La suspension du dialogue est donc une pause en attendant que nous donnions le même sens au même mot.

Lundi dernier, à l’étape de Korhogo, Ouattara a appelé le Fpi à «demander pardon aux victimes et aux parents de victimes». Quel commentaire faites-vous de cette sortie de Ouattara ?

En d’autres termes, les militants FPI de Duékoué doivent demander pardon à Ouédraogo Remi pour le génocide des wè, les parents de Tagro Désiré doivent demander pardon à l’assassin de leur fils, les parents des jeunes patriotes exterminés devant la résidence du Chef de l’Etat doivent demander pardon aux divers meurtriers, les familles des militaires bombardés dans les camps militaires doivent demander pardon à leurs bombardiers et le comble c’est que Gbagbo Laurent, innocenté après une tonne d’accusations et deux ans d’enquêtes par les plus grands services de renseignements au monde, doit demander pardon pour avoir reçu 50 bombes sur sa résidence. La direction du FPI, en prison avec 700 militants, torturés au quotidien sans motifs doit demander pardon aux geôliers. En somme, les Ivoiriens doivent demander pardon à ceux des leurs qui ont choisi la voie des armes et des bombes pour la conquête du pouvoir. Une fois de plus M. Ouattara et nous, n’avions pas fait les mêmes formations politiques et donc nous sommes dans un quiproquo ou un cirque savamment entretenu. Le FPI est la principale victime et le principal parent des victimes de la longue guerre de la Françafrique contre la Côte d’Ivoire depuis 2002. En prenant sur lui de signer un accord à Pretoria faisant de Ouattara un candidat aux élections présidentielles de 2010 contre la volonté de 86% des Ivoiriens qui ont dit non à sa candidature en votant la Constitution de 2000, en signant les accords de Ouagadougou pour confier la primature aux bourreaux de la République, le leader du FPI, Laurent Gbagbo, n’a pas attendu un quelconque pardon de ceux qui ont pris les armes contre leur mère patrie, il a assumé ses responsabilités de chef de l’Etat, garant de la cohésion nationale et de la paix. De deux choses l’une, soit M. Ouattara ignore le contenu des missions d’un Chef d’Etat, soit il est en mission commandée pour exclure les Ivoiriens de la vie politique, économique et sociale pour faire place à la Françafrique sans les Ivoiriens qui refusent la soumission. Le génocide Wè pour s’emparer de la boucle du cacao, la modification unilatérale du code foncier et du code de la nationalité, les choix économiques de M. Ouattara et les résultats qui en découlent, militent en faveur de cette deuxième thèse. Le prétexte de la lutte contre l’ivoirité révèle son vrai visage qui est l’ivoirophobie.

La question des victimes en Côte d’Ivoire ne doit pas se traiter en Pro-Gbagbo ou en pro-Ouattara, termes forgés pour diviser les Ivoiriens pour que vienne le règne du colon, se posant en arbitre suprême sous le masque de l’ONU. Les nombreuses victimes depuis 2002 n’ont pas de tatouage sur leurs corps faisant d’eux des pro-Gbagbo ou des pro-Ouattara. A ce sujet, le modèle sud-africain est le modèle le plus parfait pour traiter la question des victimes et la question de la réconciliation. Laisser de côté des solutions qui ont fait leurs preuves pour emprunter des voies sans issues en jouant du vuvuzela à chaque meeting ou interview pour couvrir de nouvelles répressions laisse évidemment croire que le vrai objectif de M. Ouattara n’est point la réconciliation inter-ivoirienne mais la réconciliation des richesses ivoiriennes avec leurs prédateurs au prix du sang et de l’unité nationale. Une fois de plus nous ne donnons pas le même sens au même mot.

Ouattara dans sa tournée au Nord a parlé d’une injustice faite à cette région qui a accusé un véritable retard de développement, avec les précédentes administrations. Evoquant même un taux d’électrification de 15% au Nord contre 90% dans les autres régions du pays. Quel commentaire faites-vous, vous justement qui avez été DG du Bnetd durant une décennie ?

L’analyse des déséquilibres régionaux qui ne sont pas spécifiques au nord mais liés à la gouvernance jacobine de l’Etat, avait conduit le FPI à opter pour la décentralisation administrative, politique et économique de la Côte d’Ivoire et le transfert de la capitale comme levier pour corriger ces déséquilibres. Dès l’accession au pouvoir du FPI en 2000, le gouvernement Affi avait mis en priorité en chantier le programme de la décentralisation administrative et politique ainsi que le financement des infrastructures de base. Le développement des technopoles, des pôles agro-industriels régionaux, des universités régionales et des CHR devaient fournir un contenu économique et social à la décentralisation. L’occupation du nord et de l’ouest de 2002 à 2010 par la rébellion armée sponsorisée par M. Ouattara a mis un frein à la mise en oeuvre de cet ambitieux programme dans ces zones. Qu’il ait le courage de reconnaître sa responsabilité dans le retard de la région du nord. Il avait là une belle occasion de demander pardon pour donner l’exemple mais il a préféré honorer ses frères d’armes pour avoir détruit la région.

Alors qu’officiellement plus de 700 détenus politiques sont répertoriés dans les goulags du régime, Ouattara affirme qu’il n’existe aucun prisonnier politique en Côte d’ivoire. Êtes-vous surpris d’une telle déclaration ?

Ouattara et nous, avions des problèmes de sens de mot et des différences idéologiques très profondes. Pour M. Ouattara, un homme politique digne de ce nom est celui qui accède au pouvoir par des armes et des bombes, ce qui n’est pas notre cas et ceux qui font un autre choix ne sont pas des hommes politiques. Si nous nous plaçons dans sa logique, les 700 prisonniers du FPI ne sont pas des prisonniers politiques. Si Laurent Gbagbo avait traité les auteurs, co-auteurs directs et indirects de la rébellion comme M. Ouattara traite les militants du FPI, il aurait certainement su ce qu’est un prisonnier politique. Mais Laurent Gbagbo avait une haute idée de la démocratie, une foi inébranlable aux valeurs démocratiques qu’il a su enseigner aux Ivoiriens pendant son long combat pacifique pour la démocratie. Malheureusement, comme dans toute classe, ce n’est pas tout le monde qui apprend ses leçons et les applique correctement. Et ceux qui nous gouvernent aujourd’hui en font l’illustration en répétant les mots sans savoir ce que cela signifie. Mais pour les Ivoiriens qui connaissent l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, ils ne sont pas surpris, car ceux qui nous gouvernent aujourd’hui étaient les tenants de la thèse du parti unique et taxaient les valeurs démocratiques d’hérésie et d’utopie et donc n’ont pas cherché à apprendre les leçons sur la démocratie du professeur Laurent Gbagbo. Du parti unique dont ils ont la nostalgie, ils cherchent à le restaurer en appliquant la pensée unique au contexte multi partisan. La légitimité populaire, le droit à la différence de pensée ou d’analyse est pour eux un crime, une offense au chef de l’Etat, une incitation à la révolte ou une atteinte à la sûreté de l’Etat. En criminalisant la légitimité populaire, le droit à la différence, ils assimilent les victimes de la pensée unique à des criminels de droit commun. Voilà pourquoi pour M. Ouattara il n’y a pas de prisonniers politiques. Voilà aussi pourquoi, même la CPI est contaminée par le moyen-âge politique que vit la Côte d’Ivoire en classant la légitimité populaire parmi les crimes qui méritent d’être sanctionnés : La légitimité populaire de Laurent Gbagbo est, pour la CPI, une condition suffisante pour le maintenir dans les liens de détention !

A quelles conditions peut-on aller vers une véritable réconciliation, selon vous ?

Aujourd’hui en Afrique, le modèle sud-africain reste le modèle le plus parfait de réconciliation. Mandela, considéré à l’époque par l’Occident comme l’un des plus grands terroristes de la planète, a été libéré avec tous ses camarades pour négocier la paix avec le régime le plus rétrograde, le plus cruel et le plus barbare de l’époque. La libération de Gbagbo Laurent, de la direction du FPI et des 700 prisonniers politiques sont les conditions de la réconciliation. Malheureusement, je ne suis pas certain que la réconciliation soit un objectif pour les commanditaires du plus long coup d’Etat de l’Afrique. Je suis même convaincu que, pour les stratèges de la Françafrique, la réconciliation signifie la perte de l’occupation politique, économique, sociale et militaire de la Côte d’Ivoire, voire de l’Afrique. La machine à explosion que constitue la division profonde du pays, est un marché propice pour le commerce odieux des armes contre cacao-pétrole-gaz. Le mot réconciliation est donc devenu le refrain d’une chanson qu’on répète pour faire espérer l’ensemble des Ivoiriens qui sont convaincus que la vraie réconciliation est la priorité des priorités. Il y a plus de 10 ans que les Afghans et les Irakiens répètent ce refrain !

Les Maliens se rendront aux urnes pour élire le prochain président, dans un contexte plus ou moins non maîtrisé, le 28 juillet prochain. Une date quasiment imposée par la France. Pensez-vous qu’on se dirige vers la normalisation réelle du pays ?

Ce qui arrive au Mali est déjà arrivé en Côte d’Ivoire, avec les mêmes pilotes aux commandes du bateau malien. Le risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets n’est pas à écarter. Tout le monde est convaincu que les conditions ne sont pas réunies pour les élections dignes de ce nom, par conséquent tout résultat officiel sortant d’une telle élection est a priori contestable et le sera certainement a posteriori. Le Mali risque donc de se retrouver avec plusieurs présidents, chacun convaincu de sa victoire. Droit contre droit, seul le plus fort l’emportera et non forcément le plus légitime.

Espérons que le plus légitime soit le plus fort, et qu’un président inattendu ait l’onction populaire ; dans ce cas, une crise post-électorale est inévitable ; dans l’intérêt de qui ?

Ma conviction est déjà faite sur l’impérialisme en crise. Et ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’impérialisme en crise fait preuve d’un cynisme sans limite. Lorsqu’une solution a été aussi désastreuse comme celle de l’Afghanistan et de l’Irak et que les mêmes acteurs continuent le désastre dans d’autres pays comme en Libye, en Côte d’Ivoire, en Syrie ; aujourd’hui en Egypte et probablement demain au Mali, c’est que l’intérêt de vendre des armes financées par le pillage des matières premières l’emporte sur la démocratie et les droits de l’homme ; par conséquent, les conditions explosives sont plus rentables pour la sortie de crise de l’occident que les conditions paisibles pour la sortie de crise des pays pauvres mais riches en matières premières. Pour l’Occident, les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts ! Malheur à ceux qui n’ont pas encore compris le sens profond de cet axiome de l’impérialisme.

Un mot sur la situation en Égypte qui plonge progressivement dans une instabilité

Le même raisonnement précédent est valable pour l’Égypte. Les Frères musulmans qui ont implicitement fait miroiter une tendance pro-occidentale à l’exemple du Qatar et de l’Arabie Saoudite, ont tourné casaque en étant une fois porté au pouvoir par le printemps arabe. L’occident, pris à son propre jeu, a provoqué un court-circuit démocratique en réponse à l’échauffement démocratique provoqué par la gouvernance, certes critiquable, des Frères musulmans mais gérable par d’autres solutions que l’intrusion de l’armée avec l’accord tacite de l’Occident pour faire de l’échauffement démocratique un mélange explosif plus propice au commerce odieux gaz contre armes. Le renard passe, passe, chacun à son tour! Le chien aboie, la caravane des armes et des matières premières passe !

Je conclurai avec un autre grand professeur de la démocratie et de l’intégration Africaine, Chinua Achebe «Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse sera toujours en l’honneur du chasseur». Le Front Populaire Ivoirien a le devoir de reprendre sa craie d’enseignant et sa serviette de combattant pour restaurer dans la conscience collective, les valeurs démocratiques, l’histoire vraie de la démocratie et des ennemis de la démocratie, engager la bataille pour mettre fin à la pensée unique et faire revivre les fondements de la démocratie : la légitimité populaire, la liberté de pensée, de manifestation, d’aller et venir, le droit à la différence, l’égalité des citoyens devant la justice et l’administration, le droit à la propriété etc. autant de valeurs qu’ignorent les tenants de la pensée unique, de la justice des vainqueurs et du rattrapage ethnique. Mais nous devons aussi enseigner les leçons de l’histoire récente de la crise ivoirienne et l’intrusion de la Françafrique et ses tirailleurs dans le règlement du conflit ivoirien avec la fermeture des banques, l’exclusion de la Côte d’Ivoire de la BCEAO, le braquage de l’aéroport et du port, le soutien des forces armées françaises aux rebelles et la déportation de Laurent Gbagbo à La Haye : La démocratie est impossible sans démocrates et sans souveraineté politique, économique, financière, militaire et judiciaire.

NB : La suite de l’interview demain

DON MELLO Ahoua

Docteur Ingénieur des Ponts et Chaussées
Ex DG du BNETD
Ex administrateur de la BNI
Ex administrateur de la Cellule d’Analyse des Politiques économiques (CAPEC-CIRES)
Ex membre du Comité de Privatisation
Ex Ministre de l’ Équipement et de l’Assainissement,
Porte-parole du Gouvernement AKE NGBO
Membre de la Coordination FPI en exil

 

Miaka répond à Ouattara: «Vous demander pardon parce que vous nous massacrez ?”

juillet 12, 2013 1 commentaire

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« Demander pardon à qui ? Aux parents des victimes ? Et les autres victimes, qui va leur demander pardon ? » C’est par une série de questions que Sylvain Miaka Ouretto a répondu, le mercredi dernier, sur les antennes de la télévision Vox Africa, à l’injonction faite par Alassane Ouattara au Front populaire ivoirien (Fpi) de demander pardon aux victimes de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. 

 

« Demander pardon comment ? Parce qu’ils nous massacrent ? Pardon parce qu’ils pourchassent tous les pro-Gbagbo pour les mettre en prison ?», s’est encore interrogé Sylvain Miaka dans une indignation mal contenue. Il a rappelé d’ailleurs que plus de 700 pro-Gbagbo croupissent dans les différentes prisons du pays et que plus de 3000 cadres dont certains ont dirigé le pays à un haut niveau sont en exil livrés à la misère. Eux et leurs familles parce que leurs avoirs sont gelés et leurs biens confisqués. 

 

Pour M. Miaka donc, l’appel de Ouattara est «une sorte de fuite en avant ». Il a estimé que celui-ci doit prendre ses responsabilités «au lieu de se comporter en vainqueur d’une guerre» et de «narguer les Ivoiriens ou de se moquer d’eux ». 

Le président par intérim du Front populaire ivoirien a soutenu qu’il n’y a pas mille solutions pour que la Côte d’Ivoire retrouve sa cohésion. «Il faut une loi d’amnistie générale pour que le peuple puisse pardonner à la fois les pro-Gbagbo qui seraient en cause et les pro-Ouattara qui sont nombreux à avoir commis des crimes », a-t-il martelé. 

 

Il a regretté que sur ce point et sur bien d’autres, les tenants du pouvoir actuel aient opposé une fin de non recevoir au Fpi et qu’ils lui demandent aujourd’hui de demander pardon. 

 

Pour Miaka, Ouattara doit s’élever au-dessus des considérations partisanes pour ne voir que l’intérêt général du peuple de Côte d’Ivoire qui continue de souffrir. Car, croit-il savoir, « tout est bloqué. Ouattara a fait plus de deux ans au pouvoir mais la Côte d’Ivoire a reculé de plus de cent ans ». Or, selon lui, les événements douloureux qui se sont passés en Côte d’Ivoire ne devraient « pas empêcher que nous puissions regarder vers l’avenir ». Cela passe, selon lui, par le fait que les Ivoiriens doivent apprendre à se pardonner les uns aux autres. Car de son point de vue, il n’y a pas un camp qui est en cause, « c’est tout le monde »

 

Augustin Kouyo, Notre Voie

 

Alassane Dramane Ouattara : l’obsession pour une légitimité introuvable

juillet 11, 2013 4 commentaires

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La souffrance de Alassane Dramane Ouattara est loin de prendre fin. Perdu par une paranoïa politique, il court comme un obsédé après une légitimité qu’il n’aura jamais. Et pour cause.
La guerre post-électorale ivoirienne de 2010 est née de son refus d’accepter le verdict du conseil constitutionnel déclarant Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle et qui a fait officiellement 3000 morts. Les grandes victimes de ce conflit ayant opposé les forces gouvernementales aux forces pro- Ouattara sont les partisans du président Gbagbo systématiquement visés pour leur coloration politique. Ces parrains, les États unis viennent encore de convaincre ceux qui en doutaient.

C’est d’abord Mme Madeleine Susan Rice, ancienne secrétaire d’état, ancienne ambassadeur des états unis à l’ONU, aujourd’hui conseillère à la sécurité nationale du président Obama qui le confesse en termes claires: » dans le cas de la côté d’ivoire, le peuple avait élu un leader mais l’ONU s’est impliquée car les votes étaient manipulés. Il fallait la personne appropriée et cela a été accompli à l’aide de moyens militaires »

Ouattara est donc arrivé au pouvoir par des moyens militaires, des moyens aux antipodes de la démocratie. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est ensuite le président français François Hollande qui dans une conférence de presse déclare de façon solennelle devant la presse internationale, les diplomate et les membres du gouvernement tunisien que  » le conseil constitutionnel doit être pleinement et personne ne peut contester une décision du conseil constitutionnel. Ce serait remettre en cause l’ensemble des institutions ». Cette déclaration est importante à un double niveaux. Sur la forme, elle est, faite dans un pays africain, la Tunisie membre de l’union africaine, comme pour rappeler aux pays africains que l’on ne peut condamner quelqu’un qui respecte la constitution de son pays. Aux africains de prendre leur responsabilité dans le cas de la côté d’ivoire. Sur le fond, le président français donné une dimension internationale aux décisions du conseil constitutionnel. La messe est donc dite, c’est Laurent Gbagbo qui a gagné les élections en côté d’ivoire conformément à la décision du conseil constitutionnel.

À l’union africaine de tirer toutes les conséquences de la déclaration de l’état français, chef d’orchestre de la guerre contre la côté d’ivoire, en suspendant le pouvoir illégitime d’Alassane Ouattara, parce que issu d’un coup d’état et exiger le retour à la légalité constitutionnelle. Alassane Ouattara peut toujours courir après une légitimité que seule donne l’accession au pouvoir par des voies démocratiques.

Coulibaly Mariam, politologue et juriste, cabinet Democracy now, London

 

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